Souvenir d’enfance: le 11 de la rue Saint Jean à Lyon


Le 11  de la rue Saint Jean

La porte lourde de bois s’ouvrit sur l’allée fraîche et humide que l’odeur du puits sur ma droite envahissait.

La descente si longue dans ma mémoire vers le porche de l’escalier, dressé comme une cathédrale, fut étrangement brève. Un instant la cour intérieure retint mon regard et les étages tournèrent comme une spirale entraînante. Les marches usées en leur milieu, ignorantes des judas m’aspirèrent dans le tourbillon  des souvenirs. Après quatre étages et les demis paliers de repos, la porte s’ouvrit.

Un grand vestibule dallé de rouge, bordé de plantes allait mourir au pied des escaliers. La lumière rasante sur les toits tombait sur les fenêtres, éclairant le coffre jaune pâle où des trésors de marionnettes égayaient nos jeux enfantins. Un bref couloir menait à l’alcôve sombre et mystérieuse que jouxtait la salle à manger et son grand buffet noir.  La cuisine laissait échapper des odeurs fines qui chatouillaient mes narines, ma grand-mère Rose savait attabler sa famille et la rassembler dans la joie des palais gourmands. Aux pieds de l’escalier menant au grenier dormait le charbon noir. Dans cet espace le sapin illuminé vit souvent les yeux brillants de bonheur se rassembler là autour des pantoufles couvertes de couleurs et de rubans. Le long couloir conduisait aux chambres  et au bureau dans lequel nous voyions souvent la  tête penchée de mon grand-père Louis peindre de minuscules carreaux rouges carmin qui prenaient vie et s’accrochaient en dentelles. Le marbre de la cheminée accueillait nos jeux de soldats et nos châteaux de bois dans des batailles sans fin que nous nous livrions mon frère et moi. La petite alcôve se fermait sur elle-même, se protégeant du bureau, nous regardions les films en bobines noir et blanc  du cinéma muet. Le soir, la chambre où nous dormions vibrait sous les assauts de lourds véhicules et le soleil renvoyait au travers des rideaux des bandes de lumières sur le plafond,  la Saône nous éclairait non loin du pont du Change.

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