Pas de diplomatie avec les notes. Wikileaks dans le collimateur international des pouvoirs.


Les rues n’ont plus de recoins, plus d’angles morts
Ça facilite les rapports de force
Il n’y a plus d’amoureux, plus de bancs publics

Nous sommes éternellement bronzés
Notre vocabulaire est réduit à 50 mots
Nous branchons nos sexes dans le secteur
Et nos spermatozoïdes sont calibrés et placés dans des banques
Ils servent de monnaie d’échange aux eunuques qui nous gouvernent

Notre société d’abondance fait merveille, il n’y a plus qu’un classe
Quoiqu’en y réfléchissant bien il y en a une autre
Mais il est déconseillé de réfléchir

Extrait de « La grande marée » chanson à réécouter de Bernard Lavilliers (Le stéphanois 1975) qui en dit long sur la liberté citoyenne et son rapport avec le pouvoir.

http://www.youtube.com/watch?v=-5qvOF-3Mq8

Si je peux comprendre la notion de sécurité intérieure et internationale, la vraie question soulevée par cette affaire dépasse ces enjeux. Les pouvoirs entre position officielle affichée et réalité de position interne ne donnent-ils pas une image idyllique des forces en présence. La diplomatie doit-elle être plus transparente ou au contraire plus secrète? En nous cachant certains aspects des rapports entre nations, ne laissons nous pas les citoyens dans une ignorance infantilisante et irresponsable, respecte t-on le vote de confiance (donc de vérité et de transparence) qu’ils ont donné à leurs élus?

Le pouvoir aimerait-il ses zones d’ombres? Peut-il s’affranchir d’une corruption quasi institutionnalisée? Les questions que posent Wikileaks et son responsable Assange sont plus pertinentes que la validité d’un mandat international de recherche lancé contre un homme qui ne fait que mettre au grand jour ce que beaucoup savaient ou soupçonnaient déjà.

De plus les objectifs déclarés du site (que les maniaques de l’espionnage et du contre analyseront avec leurs filtres) et de son directoire ne sont pas sans volonté éthique.

Evidemment la menace de déstabilisation internationale aura « bon dos » et les défenseurs « de secrets » sortiront triomphant d’une joute dont l’issue paraît bien claire.

http://www.rue89.com/2010/10/23/wikileaks-sort-400-000-documents-de-la-sale-guerre-dirak-172818

http://piratages.wordpress.com/2010/12/04/wikileaks-une-verite-insoutenable/

Certaines têtes pensantes parlent de dictature de la transparence espérant préserver un  duo fort connu qui définit la sphère publique et privée. Ignorent-ils ou font-ils semblant d’ignorer que « big brother » est à l’oeuvre depuis longtemps, que nos comptes bancaires sont finement analysés, nos dépenses recensées, nos profils ajustés, nos conversations et nos ordinateurs décryptés, que les RG font depuis longtemps un travail de fourmi, à la fois pour informer, sécuriser, anticiper, prévoir…en servant l’Etat qui protège ses citoyens mais qui du fait même de cette emprise peut, s’il ne reçoit pas de limites démocratiques, contraindre, influencer, enfermer, torturer, contrôler, tuer.

Est-ce dans la transparence et la lumière que les choses les plus viles se trament sans qu’on puisse d’aucune manière les combattre alors qu’elles s’offrent à l’adversaire en plein jour?

Ou la perversion n’est-elle pas de faire croire, dans un monde apparemment lisse et beau, que tout est bien dans le meilleur des mondes possible alors qu’en secret les turpitudes les plus pernicieuses manipulent, asservissent et jouent avec les hommes comme avec des pions dont l’existence n’a de valeur que celle que le pouvoir veut bien lui accorder.

Comment combattre un ennemi invisible ? Si nous sommes à découvert nous nous exposons au feu de l’ennemi,  si donc nous nous cachons comme les autres nos stratégies peuvent donc être sur un pied d’égalité, l’ombre apparaît donc l’ultime solution parce qu’elle est le terrain choisi par certains qui entraînent les autres à les suivre.

Il faudrait beaucoup de courage pour venir combattre en pleine lumière et beaucoup d’individus, de groupes, d’états sont dans la crainte d’apparaître tels qu’ils sont. Il est des images qu’il faut défendre. Craindre quoi si ce n’est des vérités sur nous mêmes et les autres ? C’est la question de l’assumation qui est derrière la problématique de Wikileaks. Dans la mesure où nous assumons ce que nous sommes et ce que nous faisons, qui pouvons nous réellement craindre ? Certains héros  du passé ont répondu : même pas la mort…

Il est donc des choix éthiques qui nous mènent à prendre position : dans quelle partie du monde souhaitons nous combattre, au jour ou dans l’ombre ? Sommes nous tenus de suivre les autres sur leur terrain ou allons nous leur proposer de venir sur le nôtre au péril de nos vies ? Ceux qui légifèrent, ordonnent et policent la vie d’autrui devraient dans le domaine public donner l’exemple d’honnêteté qu’ils sont censés nous enseigner. Il s’agit de tout autre chose dans la sphère privée qui si elle n’est pas soumise à une éthique obligatoire définit ses propres règles et n’impose pas forcément au monde les siennes même si elle l’influence. L’hypocrisie politique dénoncée par Wikileaks nous perturbe parce qu’elle a pour corollaire un écho possible sur le dévoilement de l’intimité et la perte du secret qui fondent l’existence même des individus au travers des structures auxquelles ils sont liés.

Toute perte de « sécurité » publique est donc perçue comme une possible perte de liberté privée. Pour continuer de réfléchir sur l’exercice de la  démocratie, il faut prendre conscience que tout système de pouvoir (même démocratique) recèle en lui une part de tentation totalitaire. Avant de parler de dictature de la transparence, il ne faudrait pas oublier de parler de l’hégémonie de la perversité; on peut avoir peur de l’une pour se justifier et se complaire dans l’autre…

http://girtabaix.wordpress.com/2010/12/15/et-si-la-loppsi-censurait-wikileaks-%C2%BB-article-%C2%BB-owni-digital-journalism/

 

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3 commentaires pour Pas de diplomatie avec les notes. Wikileaks dans le collimateur international des pouvoirs.

  1. girtabaix dit :

    bonsoir !
    merci beaucoup pour le compliment !
    j’essaie aussi de publier sur mon site :http://sempreprovenco.multiply.com/
    et sur mon facebook jean-louis oustric !
    tous mes souhaits d’un bon Noel !

    • jlbaque dit :

      Tout ce qui peut faire réfléchir l’homme sur sa propre liberté m’intéresse et donc tous ceux qui dénoncent l’esclavagisme moderne sont des bâtisseurs, des explorateurs des mondes de demain.
      Toutes mes amitiés pour ces fêtes de Noël et cette nouvelle année qui s’ouvre devant nous, tentons d’y inscrire quelque chose de nous même.

      JL Baqué

  2. bojim dit :

    Je ne suis pas trop au courant de ce dossier international. Mais je vais aller me renseigner en vue de cet article fortement intéressant qui ouvre une perspective. J’avais entendu parler de Wikileaks, mais quand j’ai voulu aller voire ce site, il était fermé. Je trouve ça dommage.

    P.S: Merci pour le commentaire sur mon blogs, tu écris admirablement bien aussi. Bonne continuation.

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