Tunisie: quelles leçons pour nous ?


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Les évènements de Tunisie ne m’ont pas laissé indifférent comme un grand nombre de Français qui ont pris plaisir à voyager dans ce beau pays, si proche. J’y ai quelques souvenirs laissés dans la médina et à Sidi Bou Saïd alors que ma fille avait un an à peine et que cette petite blonde aux yeux bleus était regardée avec beaucoup d’admiration par les passants dans les rues de Tunis. Je partage donc ici quelques sentiments et donne le point de vue d’un français parmi d’autres, sans chercher une analyse exhaustive mais en produisant un billet d’humeur, après avoir laissé les réactions se faire jour dans les médias et les réseaux sociaux auxquels certains d’entre nous appartiennent.

Laissez-moi d’abord saluer le courage démontré d’une conscience populaire qui ayant subi une domination ou s’étant accommodé d’une situation, se laissant endormir par elle, a su réagir sainement en se réappropriant un pouvoir confisqué par des urnes qui ne sont quelquefois qu’un alibi démocratique qui renforce le pouvoir dominant ou les dictatures déguisées.

Prenons conscience également en France que ce soulèvement a été rendu possible par un niveau d’éducation affirmé et une culture de la société tunisienne qui  n’est plus à démontrer. Les gens qui ont les capacités de réfléchir seraient-ils plus sensibles à la notion de justice sociale que ceux qu’on tient dans l’ignorance ?

La richesse du réservoir d’étudiants  de chercheurs et de professeurs tunisiens qui rayonnent en dehors de leurs pays est certainement un signe de l’ouverture qui se dessine depuis plusieurs années dans ce pays. La confrontation à d’autres civilisations et cultures a certainement permis une prise de conscience sur le sens du mot liberté en même temps que la définition du mot « joug » ou contrainte s’éclairait sans doute.

 

Première leçon que beaucoup de pouvoirs politiques oublient vite en période de paix sociale relative ou contenue, le peuple est souverain et peut parfois d’une manière inattendue et violente casser des systèmes policés bien en place au risque d’y laisser des vies. Le désespoir est un moteur puissant de la révolte parce que l’individu qui veut garder sa dignité fera tout pour la  défendre. Lorsque le sujet est écrasé par les contraintes, n’a plus les moyens de vivre décemment ou de pourvoir aux moyens de subsistances élémentaires pour lui et sa famille, la loi cesse d’exister. La survie devient plus importante que la vie.

Deuxième leçon: Le mensonge finit par tomber. Les fausses démocraties, les oligarchies déguisées, les dictatures larvées produisent sur le long terme des germes qui détruisent leur propre système. Notons au passage qu’il n’y a pas que dans la politique mais aussi en économie que ces auto-destuctions existent, la crise du capitalisme et du libéralisme économique actuel semblent bien l’illustrer.

Bien sûr doit être débattu derrière, la notion de représentativité, d’élection, de suffrage, de vote. La confiance que le peuple accorde au départ à un gouvernement doit être révisable par un système de remise en question régulier de la légitimité du pouvoir exécutif. Les élections législatives en France, les sénatoriales, les communales, le suffrage universel permet sans doute en France un certain équilibre. Il ne faudrait cependant pas idéalisé l’hexagone, des abus notoires, des corruptions, des conflits d’intérêts concernent notre classe politique de droite ou de gauche. La démocratie « à la française » est un long processus historique qui passe par une révolution sanglante, deux conflits mondiaux et d’autres guerres annexes qui ont laissé quelques traces sur notre sol. Plus récemment mai 68 a montré que dans un pays en mutation, des mouvements protestataires  impulsaient des changements plus profonds qu’il ne paraissait et que ces mouvements pouvaient avoir lieu dans un espace démocratique établi.

Troisième leçon : La politique doit être efficace et réaliste, il faut obtenir des résultats. Passé le temps des promesses, la confiance des sujets envers les gouvernants décroît proportionnellement à leur incapacité à traiter les problèmes fondamentaux de la société dans laquelle ils vivent. Les manipulations médiatiques, la désinformation orchestrée finissent par arriver en bout de course. La réalité du quotidien rattrape les discours inutiles de ceux qui veulent vous faire prendre « des vessies pour des lanternes ».

Quatrième leçon: Les solutions de sortie de crise appartiennent davantage au forces internes du pays qu’aux influences externes qui encouragent ou empêchent l’action de ce dernier. Il y a encore une impulse « nationale » qui ne peut s’assimiler à un contrôle international même si le pays qui s’affranchit devra se positionner plus tard dans ce contexte de la mondialisation.

Je finis par quelques remarques et salutations à mes amis tunisiens.

La politique française à l’égard de la Tunisie a été comme toute politique diplomatique au niveau internationale, à la fois bienveillante et parfois plus réservée. Cette ambiguïté n’est pas propre à la France. Dans le cadre des rapports bilatéraux entre pays, il est bien connu que les contacts officiels ne sont pas des approbations de fait des politiques menées dans chacun des pays représentés. Ces rapports rentrent dans le cadre de rapport « normalisés » dans le contexte international, ils se veulent non ingérents (même s’ils ne le sont jamais tout à fait) pour préserver les échanges économiques et culturels. Si les pays en phase démocratique devaient intervenir continuellement pour démontrer à des régimes despotiques ou dictatoriaux ce qu’il convient de faire, non seulement ces derniers résisteraient et renforceraient leurs moyens de coercition envers les populations mais nous serions dénoncés nous même comme des despotes cherchant à imposer des modèles que nous ne parvenons à appliquer qu’en partie et sans doute imparfaitement dans notre propre pays.

La démocratie française s’est construite dans un contexte historique complexe et sur fond de civilisation judéo-chrétienne, la démocratie « à la tunisienne » sera unique elle aussi et nous aurons bientôt encore plus de chose à partager et d’échanges à multiplier entre nos peuples. Aucune démocratie n’est un modèle mais il doit y avoir le plus grand nombre possible de tentatives afin que nous réduisions les effets pervers des systèmes politiques que nous engendront. Toutes mes pensées amicales vont vers ce peuple qui commence une grande aventure, il est seul responsable de son avenir. Les autres nations ne sont que des accompagnateurs, des opposants, ou des spectateurs à ce qui doit être la principale responsabilité du peuple tunisien: construire son espace démocratique dans l’indépendance sans négliger ses amis, sans se faire voler les acquis du mouvement par des pouvoirs fantoches ou faussement réformistes.

Bon courage mes amis.

 

 

 

 

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