Comprendre l’esprit sectaire pour mieux s’en libérer.

INTRODUCTION

L’homme a besoin de sécurité, la peur de l’inconnu l’a conduit à construire des barrières, à définir des espaces à l’intérieur desquels il se sent protégé. Ce réflexe de survie, cet instinct normal de la préservation de l’espèce qui rattache notre humanité au  fond de son animalité engendre des excès dans tous les domaines. La pensée et les croyances n’échappent pas à cet élan naturel. Tout savoir construit, élaboré, s’imprègne d’une tradition qu’il engendre lui-même dans son mouvement. La cristallisation des savoirs est un besoin d’appui pour passer à des étapes ultérieures. Souvent cumulatives ces étapes servent de liens, de fils conducteurs historiques permettant à des doctrines, des dogmatiques, des canons de pensées, ou des théories, des traditions de prendre forme jusqu’à ce que des évolutions plus nettes ne les bousculent et permettent des révisions, voir des remises en cause de leurs fondements même.

Dans ce contexte « l’esprit sectaire » trouve toute sa place pour naître se développer et nous contraindre. On simplifie à l’extrême sa transversalité dans les champs multiples où il se développe. Le fait qu’on l’attribue au « religieux » en général est symptomatique d’un manque de lucidité sur la lecture psychologique et  sociale que nous  avons du phénomène. La politique, la vie d’entreprise, les corporations, les relations de voisinage et bien d’autres champs  sont traversés par l’ action d’un esprit sectaire.

Pour simplifier la réflexion et la rendre abordable , je choisirai malgré tout ce champs religieux comme exemplaire et basique, car il rassemble des caractéristiques génériques de « l’esprit sectaire » et qu’il permet d’alerter l’opinion sur tous les dangers de manipulations mentales soit que nous les subissions, soit que nous nous soumettions volontairement à des dominations qui nous dépassent par la suite.

Je partirai de réflexions personnelles, tirées d’expériences vécues , relatées et d’ articles que j’avais déjà écrits pour des revues associatives, il y a quelques années en arrière, remaniés et actualisés, ils fourniront j’espère une base de discussion et susciteront je le souhaite des réactions, des échanges constructifs pour la libération et le discernement de certains qui sont peut être pris encore par l’esclavage de certains enseignements. L’objectif est d’amener une responsabilité de la personne, une conscientisation de ses choix pour que l’affirmation de soi, portée au plus haut la préserve d’influences subtiles ou pernicieuses qui ne seraient pas le fait de sa liberté. Certains lavages de cerveaux sont très techniques, très au point et dignes de l’inquisition moyenâgeuse, je donnerai quelques principes simples de discernement face aux sectes religieuses en m’appuyant sur des rapports variés, gouvernementaux ou non, associatifs, sur des livres et articles thématiques qui par recoupements peuvent être tout à fait précieux pour informer tout citoyen sur les dangers qui les guettent en même temps qu’il leurs laisse la liberté de croire ou non, d’affirmer une foi ou des croyances dans l’espace de la République laïque qui est le nôtre.

Les mots et ce qu’ils représentent.

Le mot secte vient du bas latin « sequor » verbe signifiant suivre. Il n’a pas au départ la connotation péjorative que nous lui connaissons aujourd’hui. Un groupe religieux suit donc un docteur ou un ensemble de doctrines se séparant d’autres doctrines ou docteurs qu’il considère comme hérétiques. Dans les textes et traductions modernes de la Bible, pour prendre un exemple dans le religieux, le mot secte traduit le mot grec « hairesis » qui vient de « haireo »: saisir, prendre. En fait seul la forme « hairemoi » apparaît dans le Nouveau Testament. Elle signifie « prendre pour soi-même, choisir entre, préférer (Philippiens ch.1 verset 22, 2 Thessaloniciens ch.2 verset 13, Hébreux ch11 verset 25). Le substantif signifie donc « prise ou choix », par extension le sens a évolué vers opinion choisie, courant de pensée, doctrine, parti, école (lieu d’enseignement).

Les écoles philosophiques grecques furent désignées par le mot « haiseris ». Il est intéressant de  lister leurs caractéristiques:

a) séparation d’une école par rapport à d’autres écoles.

b) choix volontaire de l’autorité d’un docteur ou philosophe.

c) affirmation que le noyau doctrinal est inattaquable.

d) fermeture de l’école vers l’extérieur (caractère privé).

Si on prend le fondement de la religion chrétienne, il faut avoir à l’esprit que la naissance des chrétiens au sein du judaïsme a été perçu comme l’émergence d’une nouvelle secte mais qu’à l’intérieur du judaïsme lui-même les divisions d’écoles étaient déjà présentes. Ainsi Flavius Joseph dans ses écrits reprend la notion de « secte » pour distinguer les écoles entre elles: Esséniens, Sadducéens, Pharisiens…Après l’avènement de Jésus et de ses adeptes, les textes eux-mêmes du Nouveau Testament montrent un glissement de sens vers le péjoratif. Dans les Actes des apôtres (ch.24 verset 5 à 14, ch 28 verset 22), les chrétiens sont perçus comme des schismatiques du judaïsme au sens de fondateur d’un nouvel élan religieux. Cette signification neutre du terme tend à s’estomper pour laisser apparaître dans d’autres passages des épitres, écrits plus tardifs, la connotation négative. Ainsi dans 1 Corinthiens ch.11 verset 19, le mot « secte » signifie désaccord, formation de partis. Le désaccord dans le corps local ou le Corps de  Christ est lié à des rivalités personnelles, non doctrinales. Plus loin dans Galates ch.5 verset 20 le mot est inclus dans les « oeuvres de la chair » condamnables parce qu’elles constituent une formation de groupes au sein du rassemblement. Dans 2 Pierre ch.2 verset 1, le mot « hairesis » est lié aux « faux frères », aux sectes de perdition (littéralement destruction). Il s’oriente donc plus directement vers la notion de doctrines détruisant les fondements du christianisme. Dans Tites ch.3 verset 10, le sectaire est l’instigateur d’un schisme sur la base d’une fausse doctrine (ou d’une doctrine propre à son école), qui tente d’entraîner avec lui des croyants en faisant des prosélytes, les séparant de l’église locale ou du Corps de Christ avec lequel ils étaient en communion.

Ces premiers éléments recoupés avec les caractéristiques des écoles grecques citées précédemment, amènent un éclairage historique sur les glissements sémantiques jusqu’à nos jours et quelques remarques. D’abord la notion de secte est apparue très tôt dans l’histoire, dès l’antiquité (écoles grecques). A l’époque déjà on perçoit la « fermeture » de ces mouvements mais les enjeux pédagogiques et sociaux sont plus positifs que négatifs. S’il y a concurrence, et donc séparation entre les  écoles, l’enjeu reste l’instruction générale dans une relative liberté (caractère privé) des adeptes, il y a adhésion volontaire mais la doctrine est stricte. Il resterait à déterminer sur quels fondements les choix des docteurs faisant autorité étaient fait, comment avaient-ils pignon sur rue, quels étaient leurs références et leurs formations. Etaient-ils les « gourous » de l’époque?

« L’enseignement de niveau supérieur.  En démocratie, les citoyens disposent de l’égalité du droit de parole, mais parler devant 6000 citoyens exige des compétences. Savoir argumenter, persuader, réclame un apprentissage A l’Ecclesia, la participation de la majorité des citoyens se limite à écouter, s’informer et voter. Seuls ceux qui ont acquis l’art oratoire peuvent devenir des hommes politiques, des orateurs.

Après avoir étudié l’art de la discussion, la dialectique, l’éducation vise à la maîtrise de l’art oratoire, de l’éloquence, ce que l’on nomme la rhétorique. Il faut comprendre l’organisation du discours, connaître les types de discours. Cet art est l’affaire des sophistes. Ils sont nombreux à Athènes dans la seconde moitié du Vème siècle. Platon les définit comme ceux qui savent « rendre les autres habiles à parler ». Les sophistes prétendent maîtriser et enseigner toutes les disciplines, aussi bien l’arithmétique que la poésie, la géométrie que l’astronomie… De plus, ils refusent la conception traditionnelledes dieux de la cité. Certains de ces sophistes sont célèbres, on recherche leur enseignement, tel celui d’Isocrate au IVème siècle. Logographe, auteur de discours politiques, Isocrate l’est aussi de discours judiciaires. Il s’efforce d’avoir une influence politique sur Athènes, en défendant l’idée d’une union des Grecs contre les barbaresLa concurrence entre professeurs de rhétorique est rude car le nombre des sophistes à Athènes augmente. Les philosophes critiquent les sophistes, ne voyant en eux que des mercenaires à la recherche de salaires et considèrent leur enseignement comme une technique de discours et non comme une véritable philosophie. » extrait du site http://home.scarlet.be/~ecitoyen/dossier1163.html. Je me permets de souligner et de mettre en gras ce qui me paraît important pour notre propos.

Sans trancher le débat, nous pouvons donc apercevoir en germes, les éléments fondamentaux qui construisent le contenu moderne du mot secte et pas seulement sur le plan religieux. Le pouvoir de la parole rapportée à une personne charismatique, rompue à la dialectique et capable decontredire les autres sur la doctrine inattaquable qu’il a fait sienne. Une tentation totalitaire sur la captation des savoirs en direction d’une véritéqu’il faut servir. Notons au passage que des enjeux politiques et financiers sont sous-jacents. Une contestation de la tradition est marquée, le néo-réformisme de mouvements spirituels contemporains n’est pas loin de cette approche.

Des témoignages et du vécu.

Dans les années 80, une grande campagne d’un évangéliste américain célèbre est organisée en France. Les églises évangéliques de l’hexagone s’engagent, forment les équipes d’évangélisation, les accueillants, les responsables d’entretiens, les chorales travaillent, une organisation sérieuse se met donc en place. A la fin d’une journée, un jeune responsable d’entretien noue un dialogue avec une personne accompagnée d’un « frère » aîné. Celui-ci échange de manière intelligente et profonde avec ce jeune responsable et l’invite à des réunions « maison » sur « la même base évangélique » que celles présentées dans la campagne.

Au bout de deux ou trois visites, le  jeune responsable note quelques dissonances dans le discours de ces groupes maisons. Avec sa formation et sa culture traditionnelle, il note également qu’un nom de pasteur référent revient très souvent en avant au travers de brochures qui lui sont données grâcieusement. Continuant son enquête, il découvre enfin qu’il s’agit d’un groupe séparé, adepte d’un certain William Marion Branham, pasteur américain ayant formé sa propre mouvance dans la nébuleuse complexe évangélique américaine. En quête de nouveaux adeptes, des loups avaient été envoyés dans la bergerie.

Sans un certain discernement, une certaine culture traditionnelle, une curiosité et le besoin d’information, ce jeune responsable aurait pu se faire embarqué dans une secte. La leçon: ne pas se croire à l’abri dans un lieu, être prudent avec les « aimables », examiner les discours, observer les pratiques, les interdits, les référents ou docteurs mis en avant, sonder la culture générale des interlocuteurs en fonction des textes  employés et fondateurs connus, parler avec des référents de son milieu, sa famille des rencontres faites.

Une technique parfois payante mais risquée: le contre, la déstabilisation par la contradiction. Voilà plusieurs années que des Témoins de Jéhovah sonnent à ma porte dans différents lieux, parfois je n’ai pas le temps de les recevoir, souvent je leur ai dit que je n’étais pas intéressé par leur discours mais cette fois ci, plus solide dans mes convictions et ma culture, j’ai pris le temps d’étudier leurs écrits, l’historique de leur mouvement et les faiblesses de leur carapace, les doctrines atypiques, les prédictions manquées (dans leurs propres écrits) et l’envie de croiser le fer avec eux m’intéresse, allons chercher ce qu’ils ont dans le ventre, la solidité de leurs fondations.

Un mercredi matin, deux jeunes femmes sonnent, j’échange quelques mots sur le pas de la porte et place une ou deux banderilles pour voir les réactions, il y a de l’intérêt et de l’écoute chez elles mais le niveau de discussion doctrinale que je leur propose semble les gêner aux entournures. Pris par le temps, je leur demande de poursuivre cet échange la semaine d’après. Fidèle à leurs engagements, une semaine plus tard, coup de sonnette à ma porte mais première surprise, une seule des jeunes femmes est présente, accompagnée d’un homme mûr.

Nous montons chez moi à l’étage et commençons la discussion. J’adopte la technique pointilliste et interventionniste. A chaque fois qu’une citation de texte n’est pas prise dans son contexte ou que son interprétation prête à caution, je corrige en développant et en soulignant des contradictions par rapport à d’autres textes, je propose des variantes, je casse le caractère univoque du sens qui est donné, j’ouvre pendant qu’ils tentent de fermer. Les effets commencent à se faire sentir, une usure se dessine chez mes interlocuteurs, l’homme mûr s’agace visiblement de ma tranquille solidité, pas d’ébranlement chez moi mais lui commence à fatiguer et à s’emmêler les pinceaux. Je tacle gentiment sur quelques « fausses prophéties » sur la fin des temps et là…basculement psychologique… le contradicteur se trouve lui même contredit, ne supporte pas d’être pris en faute devant sa jeune consoeur qu’il était sensé instruire, il commence à m’agresser verbalement. Je lui signifie que ce manque de maîtrise n’est pas un gage franc de spiritualité et lui demande d’arrêter ses invectives, sa jeune consoeur est visiblement choquée. J’arrête la discussion et l’invite fermement à sortir de mon appartement sans que je le raccompagne à la porte du Rez de chaussée.

Il est donc possible de contrer des personnes prises par des enseignements sectaires, de les confronter à des contradictions patentes de leurs enseignements après avoir étudié leur histoire et la construction de leurs fondements doctrinaux. Il faut toutefois être prêt culturellement et fort psychologiquement. Il est d’autre part difficile de dire si ces incursions déstabilisatrices portent effectivement du fruit et des remises en question chez les adeptes. Le lavage de cerveau inversé est délicat, il pointe vers la conscience de l’être endormi mais il peut le faire basculer dans de profondes dépressions car il crée un manque et une perte de sécurité importante. Il faut donc proposer des ancrages de substitution pour sortir progressivement les sujets de leur torpeur et mesurer leur capacité d’absorber les chocs émotionnels. Une capacité technique sur le fond des sujets et croyances traités doit donc se doubler d’une capacité d’expertise psychologique, une équipe pluridisciplinaire est souhaitable.

J’ai en tous cas gagné dans cet épisode une bonne tranquillité, marqué d’une croix rouge dans le carnet des Témoins, je n’ai plus jamais reçu leur visite. Je dois être quelqu’un d’extrêmement dangereux…peu fréquentable.

En Angleterre lors d’une convention européenne dans les années 90, des témoignages de guérisons sont enregistrés en vidéo. Un pasteur français de la région lyonnaise y amène sa fille, un peu « résistante » pour qu »elle bénéficie des « grands ministères » présents. Elle proclame devant les micro et la caméra,  sa guérison comme d’autres… quelques mois plus tard nous apprenons de la bouche même de son père que sa scoliose n’a pas bougé et qu’un paralytique (en fait handicapé sévère mais pas tétra) a fait un effort surhumain dans d »atroces douleurs, soutenu et propulsé par des mains « bienheureuses » avant de retomber lourdement dans sa chaise dans l’état initial qu’il avait avant. La guérison par la foi laisse des marques profondes et parfois indélébiles dans la psychologie de certaines personnes, l’amertume et la désillusion sont des faiblesses indignes auxquels ne s’arrêtent pas certains « charlatans de Dieu », ils appellent cela l’incrédulité. Ils vous accuseront de mettre en péril la foi, l’Eglise et ses mystères, sa puissance. Le rouleau compresseur des témoignages cumulés sans vérification sérieuse ou scientifique finit parfois par entraîner des adhésions de principe qui n’ont d’égal que des manipulations théâtrales dignes de bouffonneries grossières. Plus c’est gros et affirmé avec force, plus la crédulité populaire de la foule peut porter des mouvements spectaculaires incontrôlés (mais parfaitement explicables) comme ces dominos de gens pressés les uns contre les autres dans les allées et tombant en cascade après que le premier touché par « l’Esprit » au premier rang (et surtout par la force des bras de l’armoire à glace de prédicateur d’un mètre 90 qui l’a balancé en arrière) se soit écroulé sur ceux qui sont derrière et ne peuvent que tomber, terrassés par le « souffle de l’Esprit ».

Les ferveurs extatiques, les transes collectives n’ont pas lieu qu’en Afrique, en créant l’ambiance en jouant sur les émotions on peut amener progressivement des individus hors de leurs jugements et hors de leurs comportements habituels. L’émotionnel peut court-circuiter le rationnel et la réflexion, la transformation des sentiments et leur exacerbation ou leur écrasement sont propres à uniformiser les pensées, les moules permettent de faire rentrer les adeptes dans des schémas répétitifs, intégrés progressivement tout en annihilant leurs défenses naturelles.

Le nerf de la guerre étant l’argent, on peut aussi encourager subtilement des membres à donner pour « la gloire de Dieu », à dîmer pour la communauté. Certains responsables donnent l’exemple pour asseoir les moyens pour leurs oeuvres, ceux qui suivent ont l’impression qu’ils sont dans une obéissance bénie, ne le leur rendra t-on pas au centuple? Mais l’opacité de l’utilisation, la prospérité ou le train de vie de ces dirigeants devraient être un peu plus accessible pour les adhérents. La doctrine de la prospérité issue des évangéliques américains a fini par rejaillir dans notre pays, certains pasteurs vivent confortablement tandis que leur membre survivent en culpabilisant, n’arrivant pas à donner leur dîme… On  pense à refaire le temple de Dieu et ses tentures mais on oublie de donner un panier de nourriture à un chômeur ou à un frère dans la difficulté, ça s’appelle vous l’aurez deviné l’amour fraternel.

Petit test, si vous avez des doutes, c’est infaillible: vous donnez en liquide et de manière irrégulière. Si vous ne recevez pas de rappel et êtes accueilli avec le même sourire constant, soit le gourou est très fort, soit vous finirez par l’éprouver et un sermon ou des remarques bien senties ne tarderont pas. Le chèque est un moyen pour beaucoup de groupes sectaires de contrôler les adeptes, la perte de votre anonymat permet en effet aux dirigeants de mettre en avant leurs difficultés à construire leur oeuvre. Ils le font alors de manière générique en s’appuyant sur des interprétations contestables de textes fondateurs (la dîme pour les chrétiens par exemple) qu’ils appliquent à la communauté, tout en vous visant particulièrement et développant votre sentiment de culpabilité. Vous êtes celui qui empêche l’oeuvre de se développer, vous êtes pingre, vous n’êtes pas dans la générosité…

Une séance de « délivrance » chez un particulier. Les adeptes alternent chants et « prophéties ». Un homme jeune père d’une famille recomposée de sept enfants, atteint d’une maladie incurable est allongé sur un lit. Une des femmes de responsable met soudain sa main devant la bouche en soufflant imitant la forme et le bruit de la trompette. Elle proclame que l’esprit mauvais qui est attaché à cet homme sera chassé par l’action conjointe de tous les membres et que la victoire est acquise. Les membres s’exécutent et tout le monde souffle dans sa trompette. Quelques mois plus tard l’homme est raccompagné à sa dernière demeure…il n’a sans doute pas saisi sa victoire par la foi. Sa veuve, un peu dans l’interrogation finira par prendre de la distance avec cette communauté et déménagera dans une autre région emportant avec elle sa douleur et sans doute une expérience de la spiritualité charismatique douloureuse. Un témoin de la scène parlera au responsable de sa tristesse devant cette mascarade, la fausse prophétie avérée sera balayée par le « grand maître » plus soucieux de l’expansion de son Eglise que de la santé de ses fidèles. Le « botter en touche » est une spécialité des gourous, ils sortent ainsi par le haut des problèmes, on achève bien les chevaux, ils enchaînent, ils rebondissent, ils fixent les yeux de leurs adeptes sur la mission plus glorieuse de l’avènement du Royaume, les accidents de parcours sont propres à leur mission.

Je reçois à la maison un responsable national qui a été entendu par la commission d’enquête gouvernementale sur les sectes. Conversation pleine de bon sens avec quelques perles que je m’empresse d’enregistrer. Il nous parle de trois piliers principaux qui tissent les mouvements sectaires: l’Orgueil, l’Argent, le Sexe. Il appelle cela dans un raccourci mnémotechnique savoureux OAS. Si les deux premiers termes sont assez évidents au travers des exemples donnés précédemment, le troisième est plus subtile dans sa déclinaison. Sauf évidence grossière comme Bourdin avec le Mandarom ou Raël et son « Harem » affiché, c’est sur le mode de la séduction dans le rapport masculin/féminin que les choses se jouent. Souvent le gourou a une « belle personnalité », charismatique, il sait tenir les femmes sous sa coupe sans forcément les toucher, il tient donc tout une famille et alimente ainsi son oeuvre (ses revenus) et son pouvoir « spirituel », il asseoit sa politique. L’inverse est vrai, des femmes initiatrices tiennent des hommes sous leurs charmes, comme prêtresse elle représentent un idéal vers lequel certains maris insatisfaits et des célibataires en attente sont friands. Parfois des couples de responsables jouent de leurs séductions conjointes pour rassembler et faire graviter autour d’eux des familles à problèmes qui les idéalisent, la projection temporaire vers l’idéal permet un sauvetage apparent mais les problèmes n’étant pas vraiment réglés la suite est parfois plus abrupte (divorce, adultère…).

J’arrête là ce qui n’est que quelques témoignages parmi bien d’autres. Certains anciens membres ont publié leurs témoignages après la sortie de leur mouvement. C’est une aide indéniable pour comprendre la mécanique sectaire mais la souffrance compréhensible en filigrane empêche parfois une certaine objectivité. Aussi des gouvernements, des associations spécialisées se sont mises au travail pour défendre les individus, les familles et parfois les enfants qui sont pris dans la spirale parentale. Les études et rapports, aussi bien que la littérature et les enquêtes journalistiques se sont multipliées depuis les années 1970, à la faveur d’affaires portées aux yeux du public. Le travail avance, des recoupements d’analyses permettent de mieux en mieux d’informer les citoyens. Des critères plus objectifs que la simple dénonciation ou peur de dérives définissent plus précisémment les caractéristiques des sectarismes (religieux ou non). Les approches psychologiques et sociales, l’anthropologie éclairent ce phénomène mouvant forcément insaisissable. On peut dire qu’il existe des aides réelles pour le citoyen et qu’une éducation à la prudence est en marche. La communication, les colloques nationaux ou européens, internationaux, revues, sites internet, débats doivent être encouragés.

Dans cette dernière partie de mon propos qui n’est qu’une esquisse visant à susciter votre réflexion, je recouperai différentes sources qui permettent d’avoir une grille de lecture du phénomène sectaire.

APPROCHES  DES  CRITERES MULTIPLES DEFINISSANT UN RISQUE SECTAIRE.

Voici trois approches qui, superposées, dégagent des axes communs intéressants:

Ceci fait partie de la dernière lettre de AFF, la « fondation familiale américaine », équivalent à l’ADFI en France (lutte anti-sectes).

Usage du mot « sectes »

Herbert L. Rosedale, Esq. (Président de l’AFF)
Michael D. Langone, Ph.D. (Directeur de l’Exécutif de l’AFF)
Roger Gonnet, pour les adaptations françaises et la traduction

Bien qu’ayant étudié les sectes et informé les gens à ce sujet depuis plus de 20 ans, aucun d’entre nous ne se sent véritablement à l’aise quant à ce mot « sectes ». Il n’existe hélas pas d’autre terme pour parler plus clairement du sujet auquel l’AFF [association anti-secte américaine comparable à l’ADFI ou à FECRIS, au CCMM, etc] s’intéresse. Voici certaines clarifications que nous pensons utiles pour le débat ouvert à ce propos.

DEFINITIONS
D’après l’édition compacte de Oxford English Dictionary (1971), le mot « cult » provient de « adoration », hommage rendu à un ou à des êtres divins… forme particulière d’adoration, se référant surtout aux rites externes et aux cérémonies utilisées… dévotion ou hommage rendu à une personne ou une chose. » Plus récemment, se sont ajoutées à ce terme des connotations supplémentaires: « 3. Une religion estimée peu orthodoxe ou falsifiée… 4. Un système de soins basé sur des dogmes établis par son promulgateur.. 5a. Une forte dévotion envers une personne, une idée, un objet, un mouvement ou une oeuvre… 5b. un groupe généralement restreint, qui se consacre à une telle dévotion. » (Merriam Webster’s Collegiate Dictionary, 10e édition 1994)

En français, le mot secte, dont l’origine est très différente, est ainsi défini:
Dans le grand Larousse Universel:

Secte: (latin secta, de sequi, suivre). 1. Ensemble de personnes professant une même doctrine (philosophique, religieuse, etc) : la secte des Pythagoriciens. 2. groupement religieux, clos sur lui-même, et créé en opposition à des idées et pratiques religieuses dominantes. 3. Clan constitué par des personnes ayant la mêm idéologie; coterie (langue soutenue): ce petit groupe constituait une secte à l’intérieur du parti.

L’Encyclopédie Universalis établit une autre distinction intéressante: selon ses auteurs, une secte est une scission ou un nouveau groupe considéré péjorativement par les EGLISES, tandis que la secte elle-même considérera les églises établies comme étant elles-mêmes des sectes si ces églises différent de ses propres opinions.

L’étude de Robbins (1988) sur les contributions sociologiques dans le domaine des sectes identifie quatre perspectives quant aux défintions:

o  les sectes en tant que groupes dangereux et autoritaires

o  les sectes en tant que groupes innnovateurs ou transculturels

o  les sectes, en tant que protoreligions vaguement structurées

o   La sous-typologie de Stark et Brainbridge distingue
les « groupes d’audience » (les membres cherchent à recevoir des informations, par exemple lors de cycle de conférences ou au moyen d’enregistrements),
les « sectes à clients » (dont les membres recherchent des bénéfices spécifiques, par exemple de la psychothérapie, des conseils spirituels) et
les « mouvements sectaires », (organisations exigenat un fort engagement de leurs membres). Cette typologie de Stark et Brainbridge note le fait que l’adhésion sectaire augmente pendant que l’adhésion aux églises diminue.

Le professeur Benjamin Zablocki des universités de Rutgers et Haïfa dit que les sociologues font souvent une distinction entre les mots « cultes », « sectes » , « églises » et « dénominations ». Les sectes (cults) sont des groupes innovateurs et fervents. S’ils parviennent à être acceptés parmi les cultes plus répandus, il pense qu’ils perdent de leur ferveur, s’organisent davantage et s’intègrent à la communauté: ils deviennent alors des églises. Quand les adeptes des églises ne sont plus satisfaits et partent en dissidence, ces groupes nouveaux sont appelés « sectes » (sects). Quand ces sectes se « calment » et intègrent la communauté, elles deviennent des « dénominations ». Zablocki définit une secte (cult) comme « une organisation idéologique structurée par des relations charismatiques et exigeant un engagement total ». Selon lui, les sectes risquent beaucoup d’abuser de leurs membres, en particulier du fait que la vénération du leader charismatique par les membres contribue à  corrompre ces chefs, puisqu’ils cherchent le pouvoir et qu’on le leur accorde.

Les définitions proposées par des sociétaires de l’AFF en diverses occasions vont souvent dans le sens de la manifestation induite par la définition de Zablocki. Ces définitions ont tendance à mettre l’accent sur l’aspect de structure autoritaire et de la manipulation, ainsi que sur le fait que ces groupes peuvent être psychothérapeutiques, politiques ou commerciaux, ainsi que religieux. L’une des définitions de « sectes » les plus fréquemment citées fut élaborée lors de la conférence sur le sectarisme en 1985, AAF/UCLA.

Secte (type totalitaire): Un groupe ou mouvement démontrant un dévouement  fort ou excessif  envers une personne, une idée ou une chose, et utilisant des techniques de manipulation et persuasion contraires à l’éthique (par exemple, rupture d’avec les anciens amis et la famille, débilitation, usage de méthodes detinées à renforcer la suggestibilité ou l’obéissance, pressions importantes de la part du groupe, information de gestion, suspension de l’individualité ou du jugement critique, promotion pour une dépendance complète envers le groupe, crainte de le quitter, etc), le tout afin de renforcer les buts du leader – au détriment réel ou potentiel des membres, de leurs familles et de la communauté. (West & Langone, 1986, p. 119-120)

Du fait que cela et les définitions liées impliquent de fort degrés de manipulation psychologique, nombre de chercheurs de ce domaine ont associé les sectes au concept de « réforme de la pensée » (Lifton 1961, Ofshe et Singer, 1986; Singer et Ofshe, 1990). Bien qu’il existe nombre de similitudes entre ces concepts, une secte ne se caractérise pas nécessairement par la réforme de la pensée, et un programme de réforme de la pensée n’est pas obligatoirement une secte. Toutefois, les deux semblent si fréquemment aller de pair que bien des gens se trompent en les croyant obligatoirement liés.

Les définitions avancées par les sociétaires de l’AFF impliquent que le mot « secte » fasse référence à une continuum, au sein duquel de larges zônes grisées séparent « secte » de « non-secte », ou ajoutent des qualificatifs au terme secte, par exemple « destructrice » ou « de type totalitaire ». Ces définitions suggèrent qu’il existerait un débat quant à la correction du terme secte s’il est appliqué à un groupe spécifique, en particulier quand ce groupe se trouve dans une zone grisée ou proche d’une zone grisée. Ce débat devient plus aigü encore lorsqe le groupe diffère selon ses implantations, qu’il existe différents niveaux hiérarchiques parmi ses membres impliquant des niveaux d’engagement différents, ou que le temps a modifié ses caractéristiques dans le sens de « plus ou moins sectaire », ou encore, que le groupe est habile en matière de relations publiques.

Du fait que les définitions avancées par les sociétaires de l’AFF tendent à être focalisées sur certaines pratiques ou certains comportements, elles sont implicitement interactives. Comme tout modèle à fondement psychologique, elles présupposent que différents individus réagiront différemment à un même environnement. Les sectes sont toutes différentes. Leurs membres ne sont pas tous affectés de la même manière, même au sein d’un seul groupe. Nous avons cependant quantité de preuves cliniques à l’AFF du fait que certains groupes font parfois du tort à certains membres, et que certains mouvements présentent plus de risques pour leurs membres que d’autres.

USAGE DU TERME: CONSIDERATIONS

Le concept de « secte », comme pour d’autres concepts tels « de droite » ou « de gauche » est un concept théorique au moyen duquel on juge le groupe du mieux que l’on peut , grâce aux informations dont on dispose. Ce concept théorique doit servir d’aune, et non de structure permettant seulement de choisir les observations qui permettraient de confirmer un stéréotype. Il est indispensable d’évaluer chaque cas individuellement en observant l’environnement du groupe et son interactivité avec les gens qui en sont proches ou qui sont à l’intérieur.

En dépit du fait que bien des gens aimeraient disposer d’un test scientifique pour juger de l’appartenance au terme « secte » pour tel ou tel groupe, un tel test incontournable n’existe pas pour déterminer si les groupes sont ou pas des sectes. Cependant, bien que l’échelle d’abus psychologique établie par l’AFF (Chambers, Langone, Dole & Grice, 1994) représente un outil intéressant pour l’estimation scientifique des groupes, cet outil de mesure nécessite d’autres développements psychométriques et devrait recevoir d’autres mesures d’observation, qui restent à élaborer. A ce stade, la recherche sur les cultes/sectes peut être comparée aux premières recherches entreprises sur les outils objectifs de mesure de la dépression mentale et émotionnelle. L’absence de mesures objectives n’efface pas l’utilité des définitions à notre disposition dans le domaine de la dépression, mais le développement des mesures objectives améliorera la compréhension de la définition et la fiabilité de la classification. Nous pensons développer des outils similaires pour l’assessement des sectes au cours des années qui viennent.

Du fait de l’ambiguïté actuelle entourant le mot « secte », l’AFF ne produit pas de liste officielle des « sectes », bien que nombre de personnes méprennent certaines listes sur des groupes pour lesquels nous possédons des informations comme des listes de « sectes ». Une telle liste serait de peu d’utilité du fait qu’il existe des milliers de groupes à propos desquels des personnes ont exprimé des inquiétudes, mais des recherches scientifiques n’ont été menées que sur quelques-uns d’entre eux. Une liste serait également inopportune, car les gens pourraient penser que tout groupe qui s’y trouve classé aurait nécessairement tous les attributs hypothétiques des « sectes », même si ce groupe n’en a que quelques uns. Si bien que lorsque certaines personnes nous demandent « ce groupe est-il une secte? », notre tendance est de répondre « Etudiez notre information à propos de la manipulation psychologique et des groupes sectaires, puis appliquez-la à ce que vous savez de ce groupe ou aux phénomènes que vous pourriez rassembler à son sujet ». Notre but est d’aider ceux qui cherchent à parvenir à des opinions et jugements plus précis, pas à leur dicter ces opinions et décisions.

Nous tentons de diriger  les chercheurs vers les pratiques potentiellement néfastes, plutôt qu’à étiqueter les groupes. Nous disons surtout: « Ces pratiques ont été associées à des effets néfastes chez certaines personnes. A quel degré point ce groupe s’en sert-il? Comment vous-même ou vos proches peuvent-ils en être affectés?  » . L’un d’entre nous, Langone, cherche à focaliser l’attention sur la famille : « Supposez, ne serait-ce que pour l’argumentaire, que l’un des vôtres soit dans une secte. Que se passerait-il si son comportement créait des problèmes? » Une fois identifés les comportement gènants, la famille peut déterminer en quoi ces comportements pourraient être liés à l’environnement du groupe. L’étiquetage n’est plus utile à ce niveau d’analyse.

Nous conseillons par conséquent une approche nuancée, basée sur des preuves, avant d’entreprendre l’étape de définition et de classification. Nous ne laissons pas de côté les faits indiquant que certains groupes s’approcheraient du type théorique « sectes ». Nous ne refusons pas non plus d’avoir recours à des jugements experts quant aux torts que tel ou tel groupe pourrait avoir fait subir à une personne ou à des personnes: cette estimation peut impliquer des cliniciens du domaine de la santé mentale et d’autres professionnels pour parvenir à connaître les contextes thérapeutiques ou légaux. Nous recommandons néanmoins que ces sortes de jugements soient fondés sur l’analyse soignée des structures et comportements dans un contexte spécifique, plutôt que sur une classification à la va-vite.

Certaines analyses parviennent parfois à la conclusion que certains groupes aux effets néfastes ne sont pas nécessairement des sectes. Un groupe New Age n’est ni manipulateur ni autoritaire, mais pourrait causer des dégâts du fait qu’il recommanderait des pratiques diététiques ou psychologiques risquées. Une église pourrait faire du tort parce qu’un de ses pasteurs serait de type dominateur et excessif. Un psychotéhrapeute pourrait nuire à certains patients du fait qu’il ne préviendrait pas assez sa clientèle du fonctionnement de la mémoire, si bien qu’avec les meilleures intentions du monde, certains souffriraient du syndrome de « faux souvenirs ». Tous ces exmples ressortissent à des torts créés par inter-relation personnelle. Ils pourraient conduire l’AFF et ses membres à agir. Mais il ne s’agit pas pour autant de situations de « sectes », bien que certains aient des points communs avec les phénomènes sectaires.

Par ailleurs, du fait que l’on peut être trompé par les apparences, en particulier dans les sectes, d’autres investigations déclenchées dans des cas de ce genre pourraient amerner à soupçonner la présence de dynamiques sectaires. L’important reste de rester conscient : les décisions de claissification se font sur la base des meilleures preuves accessibles, et devraient toujours pouvoir être réévaluées.

Bien que le mot secte soit d’utilité limitée, il est si accepté dans la culture populaire que ceux d’entre nous désirant aider les gens ayant eu à souffrir d’engagements dans des groupes ne peuvent éviter de l’utiliser. Quelles que soient les limites du terme, il est orienté. Aucun autre vocable utilisé en matière de manipulation psychologique n’a réussi à s’imposer dans le public (par exemple, influence socio-psychologique, persuasion psychologique, influence indue, manipulation exploiteuse). En restant réalistes, nous ne pouvons cesser d’user de ce terme, aussi tâchons de le faire en connaissance de cause.

3) Les critères de Lifton

Lifton (1967), dans le cadre de ses recherches anthropologiques sur le lavage de cerveau pendant la guerre de Corée puis sur le « contrôle de la pensée » dans une cellule terroriste qui a défrayé la chronique américaine dans le début des années soixante, a établi des critères qui sont souvent appliqués à l’expertise du sectarisme. Les voici (traduits par Maes, 1997) :

Contrôle du milieu : limitation délibérée de toutes les communications avec le monde extérieur, privation du sommeil, alimentation altérée, contrôle sur ce que l’on voit et à qui  on parle.
Manipulation mystique : enseigner que le groupe de contrôle a un but très spécial (divin) et que le sujet a été choisi pour jouer un rôle bien particulier dans la réalisation de ce but.
Besoin de pureté : convaincre le sujet de son impureté passée et de la nécessité de devenir pur ou parfait (de la façon définie par le groupe de contrôle).
Actes de trahison symbolique : et de renoncement au Moi, à la famille et aux anciennes valeurs, afin d’augmenter le fossé psychologique entre la recrue et son mode de vie antérieur.
Science sacrée : convaincre le sujet que les croyances du groupe de contrôle sont le seul système de croyances possible et doit donc, par conséquent, être accepté et suivi.
Le poids du langage : créer un vocabulaire nouveau, en créant des mots nouveaux qui ont un sens spécial compris uniquement par les membres du groupe, ou en donnant un sens nouveau et particulier à des mots ou des phrases courants.
Les tâches aliénantes : affectation de la recrue à des tâches monotones et répétitives, telles que réciter, ou recopier des textes.
La doctrine au-dessus de l’individu : convaincre le sujet que le groupe et sa doctrine sont au-dessus de n’importe quel individu ou enseignement, s’il vient du dehors.
Disposer des vies : enseigner au sujet que celui qui n’est pas d’accord avec la philosophie du groupe de contrôle est condamné.

Nota: dans un article consacré aux « sectes à deux », Jean-Claude Maes présente, entre autres, le cas de Milène, qui est une illustration de la façon dont on peut utiliser les critères de Lifton.

4) La Commission d’enquête française

La difficulté de définir la notion de secte a conduit la Commission française d’enquête parlementaire sur les sectes à s’appuyer sur les critères utilisés par les Renseignements généraux dans les analyses du phénomène sectaire et à retenir le sens commun que l’opinion publique attribue. Ces critères sont les suivants (Gest et coll., 1996, p. 23) :

la déstabilisation mentale;
le caractère exorbitant des exigences financières ;
la rupture induite avec l’environnement d’origine ;
les atteintes à l’intégrité physique ;
l’embrigadement des enfants ;
le discours plus ou moins antisocial ;
les troubles de l’ordre public ;
l’importance des démêlés judiciaires ;
l’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels ;
les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics.

5) La Commission d’enquête belge

L’utilisation péjorative du mot secte dans le sens commun a, par contre, poussé la Commission parlementaire belge à établir des distinctions entre secte et secte nuisible. Le terme secte est perçu dans son sens premier à savoir « un groupe organisé de personnes qui ont la même doctrine au sein d’une religion » (Duquesne et Willems, 1997, p. 99). La secte est respectable et traduit une utilisation normale de la liberté religieuse et d’association garantie par nos droits fondamentaux. L’organisation sectaire nuisible est, quant à elle, définie comme « un groupement à vocation  philosophique ou religieuse, ou se prétendant tel, qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine » (ibid., p. 100). Selon la Commission parlementaire, un certain nombre de critères de dangerosité permettent de qualifier de nuisible une organisation sectaire. Les voici (ibid.) :

des méthodes de recrutement trompeuses ou abusives ;
le recours à la manipulation mentale ;
les mauvais traitements physiques ou mentaux (psychologiques) infligés aux adeptes ou à leur famille ;
la privation des adeptes ou de leur famille de soins médicaux adéquats ;
les violences, notamment sexuelles, à l’égard des adeptes, de leurs familles, de tiers ou même d’enfants ;
la rupture imposée aux adeptes avec leur famille, leur conjoint, leurs enfants, leurs proches et leurs amis ;
l’enlèvement d’enfants ou la soustraction à leurs parents ;
la privation de la liberté de quitter la secte ;
les exigences financières disproportionnées, l’escroquerie et le détournement de fonds et de biens au détriment des adeptes ;
l’exploitation abusive du travail des membres ;
la rupture totale avec la société démocratique présentée comme maléfique ;
la volonté de destruction de la société au profit de la secte ;
le recours à des méthodes illégales pour occuper le pouvoir. 

Source wikipedia.org

  • manipulation mentale des adeptes;
  • centralisation du pouvoir aux mains d’une personne avec autorité charismatique, par exemple un gourou, ou d’un cercle restreint;
  • organisation pyramidale;
  • extorsion de fonds;
  • incontestabilité de la doctrine.

En outre, certains y ajoutent d’autres critères, peut-être moins répandus :

  • contrôle du milieu : tentative de contrôle des sources d’information et des interactions sociales externes des membres, encouragements à arrêter les relations avec toute personne externe;
  • infaillibilité et doctrine sacrée : présentation des idées du groupement comme l’unique vérité et le seul accès au salut, dissuasion de toute réflexion critique sur la doctrine;
  • mysticisme : rapprochements entre des événements et des causes surnaturelles;
  • pureté : référence à un idéal inatteignable qui réglemente les actes des membres en les amenant à toujours plus d’efforts;
  • autoritarisme : pouvoir fort du gourou et culte de la personnalité ;
  • doctrine secrète (ésotérisme) : enseignements secrets dont la divulgation au monde extérieur est strictement interdite;
  • élitisme (ésotérisme) : mise en valeur des membres du groupe comme supérieurs;
  • brimades et/ou confession forcée en cas de violation des règles établies;
  • bannissement : interdiction de tout contact avec des anciens adeptes (concept semblable à l’excommunication)
  • rupture entre la secte et la société.

LES RECOUPEMENTS DE CHAMPS ET LES GRILLES DE LECTURE.

On note que les aspects de la psychologie individuelle aussi bien que les pratiques collectives ayant des incidences sur le champs social et la vie citoyenne (réglée par une société de droit: aspect juridique) sont l’objet de ces analyses. Les critères parcourent donc des champs multiples sans exhaustivité, ce qui empêche les définitions strictes mais ce qui du même coup empêche également une sériation sémantique et une lisibilité du mot « secte ». Le dilemme est donc de se lancer sur des critères objectifs précis et limités en nombre ou d’ouvrir le sens sans limite ce qui dilue la pertinence d’une possible définition qui doit être circonscrite par essence.

Un autre inconvénient vient se glisser dans ces grilles de lecture, elles sont forcément liées à un contexte économique, social et religieux et prises dans des histoires nationales qui véhiculent des postures ou des a priori sur les angles d’attaque du phénomène. L’ancrage du religieux traditionnel dans la société peut légitimement influencer les dangers que représentent les mouvements réformistes ou néo-religieux. En définissant ce qui est possible dans le champs des croyances et pratiques, on stigmatise implicitement ce qui n’est pas conforme à ces croyances ou ces pratiques. Difficile de parler de pertinence objective dans ce contexte, le caractère scientifique des observations n’est pas encore clairement établi.

Faut-il pour autant renoncer à des grilles d’observations qui approchent une définition ouverte ? Je ne le pense pas. Il  y a plus de danger à laisser l’individu et la société dans l’ignorance et sans réflexion que de lui donner des outils d’autonomie pour discerner comment lui-même ou les autres peuvent le mettre en danger. C’est ce que j’appelle la nécessité vitale de la « conscientisation ». La pluridisciplinarité a ici toute ses bonnes raisons pédagogiques de fonctionner. Les commissions consultatives gouvernementales qu’elles soient française ou étrangère ont une valeur indéniable dans le recueil des données qu’elles permettent et la variété des personnes consultées. Les invitations doivent être suffisamment larges pour couvrir, dans le contexte de grilles de lecture ouverte, les différents critères possibles retenus pour une approche du phénomène sectaire, c’est déjà ce qui commence à se pratiquer depuis plusieurs années dans certains pays européens. Les travaux d’associations reconnues d’utilité publique comme des informations tirées des archives et publications des sectes elles mêmes peuvent également enrichir les constats ou études des observateurs et des chercheurs, des comités de lecture pluridisciplinaires et compétents pourraient permettre l’émission d’avis pour consultation et ce dans une certaine régularité.

N’oublions pas que l’Education Nationale assez récemment en France a remis au goût du jour dans certains manuels l’histoire des religions. Très bonne initiative car la manipulation passe souvent (mais pas seulement) par l’ignorance et le manque de culture initiale des individus confrontés à des enseignements systématiques structurés dont la coercition n’est pas lisible dans un premier temps (il y a cohérence apparente).

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, je vais proposer un nouveau concept de lisibilité des sectes prenant en compte les différentes grilles de lectures précédemment citées. Mon hypothèse est la suivante, la tendance d’un mouvement sectaire pourrait être évaluée par le degré de « pénétration » que ses enseignements ou ses influences ont sur l’individu et la société. Dans l’espace social et politique aussi bien que dans l’espace psychologique individuel, le degré de pénétration traversant ces champs peuvent être quantifiés si des critères simples sont retenus.

Je propose un schéma sous plusieurs formes et quelques conseils d’auto-observation comportementaux qui peuvent mettre en alerte les individus confrontés à des interrogations sur leur appartenance à un groupe.

Schéma pénétration sectaire

Echelle de risque tableau

Quelques conseils vis à vis de l’environnement fréquenté et des responsables de la structure:

Les responsables: quelles sont leurs formations (publique ou privée), leurs accréditations officielles, leurs diplômes en rapport de l’activité exercée? Par qui ont-ils été validés?

Quel est leur nombre, y a t-il une figure charismatique dominante qui fédère les autres? Quels sont leurs liens de complicité, de soumission ou de domination les uns avec les autres?

Sont-ils soumis à des tuteurs, lesquels, ces derniers eux mêmes ont-ils un statut social reconnu et une autorité légitime dans leur spécialité?

Sont-ils accessibles aisément, en rapport direct sans filtrage ou les rendez-vous sont-ils difficiles à obtenir?

Quelle est la structure hiérarchique définie entre eux (pyramidale, collégiale cellulaire…)

Acceptent-ils des remarques désobligeantes ou des contestations ou l’expression des différences envers l’enseignement habituel de leur structure (test de l’égo de la personne et de la malléabilité de la structure)?

Quel est leur comportement en dehors de la structure (variation ou permanence)?

Quelle vie sociale (citoyenneté) et familiale développent-ils?

Les enseignements:

Quels sont leurs origines? Leurs historiques? Se rattachent-ils à des traditions connues ou sont-ils en rupture avec elles, à quels degrés, pour quels motifs?

S’agit-il de nouveaux enseignements émergents, peut-on dater leurs naissances et les circonstances ou les personnes qui ont favorisé leurs apparitions?

Ont-ils un coût pour l’apprenant, ce coût est-il fixé par un règlement intérieur ou les statuts de l’association,  ce coût au contraire est-il modulable ou variable selon la générosité des participants?

Ces enseignements ont-ils reçu une accréditation officielle du pays concerné ou sont-ils référencés par les ministères concernés (Education, Culte…)?

Vie du groupe:

Les membres vivent-ils entre eux de préférence ou ont-ils des contacts avec d’autres groupes de tendances différentes, quel est le degré « d’oecuménisme » (au sens de partage et d’échange d’opinions différentes qu’ils exercent envers les autres) du groupe.

Les relations intimes de la personne, sa vie privée sont-elles respectées ou sont-elles mises en avant publiquement pour exercer une pression comportementale sur sa personne ? Ces pressions sont-elles en relation avec les enseignements du groupe?

Quelle est la discipline exercée au sein de la structure (promotion, sanction, exclusion), selon quelle procédure? Cette discipline amène t-elle des  humiliations, des châtiments corporels, des pressions psychiques, des états dépressifs, des faillites financières, des coupures familiales, une marginalisation citoyenne…

Conclusion partielle: Si après avoir parcouru ces quelques lignes vous décidez d’examiner votre position avant de persévérer dans la voie qui est la vôtre c’est que selon toute vraisemblance votre capacité à réfléchir n’a pas été aseptisée.

Sachez cependant que la sécurité étant le propre de la quête humaine, le courage de la rupture et de la remise en question est ce qu’il y a de plus dur pour notre « égo », notamment en ce qui concerne le savoir, la connaissance et nos croyances.

Sachez également qu’étant des êtres libres de nos choix nous avons l’entière responsabilité de ceux-ci et que donc, à tout moment, nous pouvons dire non à quelque chose pour dire oui à autre chose, la force de l’être même écrasé est insoupçonnable, les basculements vers la liberté sont inattendus. L’esprit sectaire guette chacun d’entre nous à la porte, notre seule défense est de rester vigilant non seulement à l’espace de liberté que nous estimons nôtre mais aussi à celui d’autrui qui nous touche. Tout empiétement sur l’autre est un viol sur nous même qui montre le peu de conscience que nous développons à l’égard de l’humain en général. L’irrespect est donc la forme suprême de tous les sectarismes (politiques, religieux, professionnels…) en ce qu’il est la négation de l’identité  de l’individu qu’on assujetti à soi ou au groupe pour mieux le contrôler et le priver de son empreinte fondamentale qu’on nomme liberté.



 


 

 

 

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8 commentaires pour Comprendre l’esprit sectaire pour mieux s’en libérer.

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  2. Ping : Sac Longchamp

  3. La violence

    La société est basée sur une codification de la violence qui,
    Collective et ritualisée est ainsi superficiellement exorcisée,
    Le cercle vicieux.

    Violence/refus de la honte / transfert de culpabilité/ nouvelle violence
    Est une organisation cathartique mais n’annule pas celle-ci.

    La culpabilité se résout par le suicide (sacrifice orgueilleux)
    Et la forme du bouc émissaire pour toute une communauté

    Quand la psychanalyse se limite à une égoïste férocité
    Et quand la religion devient le pugilat, le progrès social semble
    Juste tenter de contenir une violence atavique et inéluctable.

    Dieu peu nier toute responsabilité dans la mort des innocents
    Et l’Eglise refuser toute implication dans les drames quotidiens
    Et terrestres des ouailles.

    Le cérémonial rejoint le culte du veau d’or – cet or dont chacun
    Couvre aussi le psychanalyste pour vendre sa honte ; mais dans
    Le monde de l’égoïsme féroce, les êtres n’ont aucun prix et seule
    La matière demeure précieuse, or ou diamants

    Psy chat nalyse (vider le chat de toute substance)
    La femme étale son imaginaire dira Lacan !

    Les femmes ont été savamment placées sous la dépendance
    Spirituelle et économique des hommes et par conséquence
    Réduites au silence.

    Si Hannah Arendt définit la psychanalyse comme un moment de pause
    Dans sa vie, c’est qu’elle est croyante et ne dit pas les perturbations
    Physiques et morales que cela entraîne pour les agnostiques !

    Nous devrions dire avec franchise aux adultes ayant été élevés en batterie
    Sans référence parentale ni religieuse que la psychanalyse n’est pas faite
    Pour eux

    Marie-Lise Ehret
    Psychanalyste

    La loi du père n’étant que la loi sociale et rien de plus
    Inimaginable pour ceux là l’horreur que Freud et Lacan
    Font avec le père ! Une véritable boucherie !
    D’une théorie qui se veut a politique, a religieuse, a normée sociale

    Où se trouve la poésie ? Quand je valdingue deux fois dans la mort
    Freud et Lacan à chaque travail !
    Alors que dans la dure réalité et seule je ne suis jamais passer à l’acte
    Passages à l’acte parce qu’aucun psychanalyste ne se tient à sa place
    Par rapport à mon symbolique et mon imaginaire
    (J’ai une mémoire trop précoce 7 mois, vérifiée auprès des vivants)

  4. Ronald dit :

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  6. Natali dit :

    Merci pour vos conseils , merci pour votre invitation sur ce blog que je vais « disséquer » plus amplement.
    Merci pour votre bénédiction , je vous bénis à mon tour , que Dieu vous accorde sa paix , qu’il vous accorde la grâce d être un vecteur d espoir , de Vie , de joie. Amen
    Natali

  7. Lovyves dit :

    Bonjour

    Je suis d’accord avec vous : d’abord comprendre mon esprit sectaire pour m’en débarrasser.
    Quant aux autres, s’ils ont l’esprit sectaire, c’est leurs affaires.
    Car personne ne peut m’inculquer une idéologie sans mon accord.

    • jlbaque dit :

      L’esprit sectaire est lié à nos limites humaines, il est donc difficile de s’en débarasser complètement mais il est intéressant de l’observer pour le tenir à une distance suffisante afin qu’il laisse la personne respirer et établir des rapports sociaux et familiaux vivables.
      Si l’esprit sectaire des autres me contraint, c’est aussi mon affaire d’y résister, la liberté est dans cette capacité de dire non à tout moment. Hélas certains sont passés maître dans l’art d’inculquer des idéologies et il y a une grande différence entre un choix volontaire, une adhésion libre du coeur et une influence , une suggestion mentale ou une manipulation à laquelle je me soumets par faiblesse psychologique, le viol de la conscience existe bel et bien, ne soyons pas naïf. La relation entre individus est jeu de pouvoirs consentis dans lequel la séduction est acceptée dans un mode souple ou harmonieux qui leur permet de rester en contact tout en restant libre et dans « l’affirmation de soi ».

      Merci de votre commentaire

      JL Baqué

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