Des problèmes dans l’Eglise

Des médias relaient, amplifient, se délectent, analysent avec plus ou moins de bonheur un phénomène qui s’il n’est pas nouveau revêt un intérêt certain quand il s’applique à des hommes qui font voeu de pureté et de chasteté. Passons sur le côté croustillant, l’anticléricalisme primaire et les frustrations de tous ordres qui ont le droit de s’exprimer.

L’Eglise très habilement pondère les critiques en faisant la césure entre célibat et pédophilie, ne voyant pas de lien de cause à effet sur cette question. Stratégie fine qui consiste en appuyant sur la vocation sacerdotale à dire qu’il faut laisser la possibilité à tout serviteur authentique de Dieu de choisir un engagement « à plein temps » comme on l’aperçoit dans les premiers temps de l’Eglise. C’est oublier un peu vite que le « célibat choisi » n’est en fait qu’un célibat obligatoire qui a été canonisé par le Saint Siège tardivement et que les premiers apôtres, témoins privilégiés du Christ avait pour certains une profession séculière et des charges familiales. Etaient-ils moins engagés, moins enthousiastes et plus paresseux que les prêtres d’aujourd’hui? On peut en douter lorsqu’on voit leurs pérégrinations et leurs missions. La vérité serait-elle ailleurs?

Il me semble  que sous cette partie émergée de l’iceberg certains fondements de la construction de l’église Catholique  (mais il faudrait enquêter dans les autres grandes Traditions religieuses) sont questionnés. Ce n’est pas tant la pédophilie des prêtres qui est interrogée mais le statut de la sexualité dans l’église qui resurgit au grand embarras de la Curie romaine.

Bien sûr la législation accrue, la transparence démocratique de l’information aident certainement à faire venir à la lumière des choses cachées mais le problème du lien au corps à sa représentation, à son usage, à sa vie même transpire derrière ce drame mis en exergue de la pédophilie dans l’Eglise. Comment socialiser sa pulsion sans être un danger pour autrui, où se situent les points d’équilibres qui permettent à l’individu d’exprimer ses besoins et ses désirs sans que ces derniers ne privent son semblable de sa liberté et de son expression. Ces chemins vers la liberté attirent toutes les tentatives, désordonnées parfois de canalisations, de maîtrises, d’expressions, ascétismes ou exubérances qui s’appliquent à la sexualité.

L’Eglise n’est pas au-dessus des lois naturelles et les prêtres ont leur part instinctive et animale, pulsionnelle, émotive et sensuelle comme les autres. Vous vous croyiez au septième ciel, à l’abri de votre « côté obscur », protégé d’en haut, sécurisé par une doctrine, un droit canon, des voeux solennels, approuvé par votre hiérarchie et vous voilà devant le tribunal pour répondre de faits qui ne sont pas en rapport avec la pureté initiale de votre engagement. Que dire si ce n’est qu’il s’agit du chemin de tout homme qui est conduit dans l’humilité, nous sommes tous des Icares, seuls quelques uns arrivent à se tenir à distance du Soleil et par de grands efforts. Ce qu’on peut reprocher à l’Eglise c’est de délivrer des certificats de sainteté sans avertir solennellement les adeptes de la voie directe des dangers qui les guettent.

Mais n’occultons pas le débat : nier le rapport entre pédophilie et célibat c’est comme si nous affirmions que la délinquance n’avait aucun rapport avec le chômage et les milieux sociaux défavorisés ou encore comme si la prostitution était exempte de liens avec la drogue et le blanchiment d’argent…Le proverbe « Il n’y a pas de fumée sans feu » doit s’appliquer.

Plutôt que de dire « Il n’y en a pas plus chez nous que chez les autres » (ce qui est à vérifier car les statistiques récentes en France manquent depuis 2004 et 2006) il vaudrait mieux que l’Eglise dans son ensemble relève le défi par le haut en disant: Compte tenu de notre exigence de pureté, nous allons travailler à réduire ce qui est intolérable afin que cela  deviennent exceptionnel puisque le monde s’en est ému.

C’est donc sur le statut de la sexualité en lien avec la spiritualité qu’il faut réfléchir en premier afin que le statut des vocations humaines soient débarrassé d’un carcan qui ressemble plus à une guillotine qu’à une simple épée de Damoclès.

Difficile de faire croire qu’il n’y a pas de rapport entre pédophilie et célibat « imposé » même s’il est accepté, l’Eglise ignorerait-elle les travaux et avancées de la psychanalyse, de la psychologie criminelle, de la psychiatrie de ces dernières années.

La tradition éclairée devrait pourtant s’éloigner de l’obscurantisme à l’approche du troisième millénaire…le Christ doit pleurer devant l’état de sa Maison…

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3 commentaires pour Des problèmes dans l’Eglise

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  2. Natali dit :

    Tout est pur pour celui qui est pur, et vice-versa , je vois pas le rapport entre la consécration et l’amour pour Dieu et la chasteté. D’ailleurs le célibat est un don donné par Dieu, Paul en parle très bien en se référant à lui-même , tous ne sont pas et ne peuvent pas être Paul.
    En bref , la chair n’est pas la relation sexuelle; je crois qu’il y a un amalgame à ce niveau là également , mais cette « imposture » est simplement le reflet de l’esprit de l être humain qui souille la liaison entre l homme et la femme. Donc évidemment ça va très loin , pédophilie , viol , inceste etc…

    • jlbaque dit :

      Vous avez tout à fait raison, la perversion de certains enseignements dogmatiques institutionnalisés c’est qu’ils conduisent à des frustrations dont les textes ne parlent pas. La cristallisation des savoirs et des pratiques amènent la tradition au rang d’une vérité révélée, d’un canon incontestable. C’est dans cet effet pervers que naîssent les sectarismes de toutes sortes, les brebis deviennent des moutons, il faut donc examiner toute chose et retenir ce qui est bon dans l’éthique propre à chacun et au niveau de conscience et d’intégration où nous en sommes.
      Les gourous sont des êtres décalés, il y a une distortion entre leurs exigences spirituelles qu’ils rêvent pour eux-même et les autres et la pratique qui n’arrive jamais à rejoindre cette exigence pathologiques, obsessionnelle ou compulsive parce que leur capacité d’intégration est plus basse qu’il ne le pensait initialement. Ils se projettent donc dans des rêves et des mondes qu’ils essaient de partager avec d’autres tout en ignorant parfois ( pas toujours) qu’ils entraînent avec eux des gens dans des délires qui peuvent les mener à la mort ou à de graves désordres psychiques, familiaux, sociaux et professionnels (voir l’histoire de l’OTSI).

      La chair effectivement a de multiples sens dans les textes mais sans le grec ou de bons commentaires théologiques (et il y en a de différentes obédiences), difficile d’approcher son sens. De même pour les trois mots Eros Filia Agape qui sont tous les trois traduits en français par Amour…
      Pour la chasteté , elle a bien un rapport avec la consécration mais pas de manière univoque, pas seule, car la chasteté n’est pas l’abstinence absolue mais des rapports licites réglés selon une loi (spirituelle ou temporelle et civique) sinon on ne parlerait pas d’amour chaste. La chasteté s’applique donc aussi bien aux couples qu’aux personnes seules et n’a effectivement pas de rapport unique au célibat qui n’est d’ailleurs qu’un mode de vie parmi d’autres et donc pas plus spirituel que les autres…

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