DSK: La vérité est ailleurs…

Je ne suis pas un fanatique de X-Files mais on peut reconnaître à cette série une vertu, celle de tenter de nous surprendre dans le scénario. Je ne suis pas devin mais le bon sens devrait nous dire que les conclusions des enquêtes et les décisions attenantes à celles-ci nous surprendront sans doute. Le système judiciaire américain, avec la charge initiale de l’accusation et l’attente de la contre-attaque par une défense, muette par force dans un premier temps, crée une tension propre aux scandales et aux révélations. La bataille ne fait que commencer et tous les coups seront permis avec outrance, sans qu’on sache si ces derniers, portés avec la bonne foi, le mensonge ou la manipulation arriveront à mettre ko un des adversaires. Doit-on redouter le jugement de Salomon?

Beaucoup de médias français dans l’émotion véhiculent soit les thèses de la défense, soit celles de l’accusation ou tentent un savant mélange des deux pour donner une crédibilité face à un mystère que nous qualifierions de « incredible » si nous n’étions pas français. Entre les théories du complot national ou international, le prédateur sexuel et l’acte consenti qui aurait mal tourné, les variantes sont multiples.

 La France est restée sans aucun doute sous le choc et stupéfaite mais au-delà des convictions partisanes politiques de chacun, approchons d’un peu plus près ce traumatisme national dans lequel je me trouve également. Qu’y a t-il derrière cet engouement pour une affaire, sordide somme toute, grave et relativement fréquente dans bien des pays, tout milieux confondus?

D’abord la révélation du côté obscur de toute personne qui donne une image ne correspondant pas à la réalité de sa vie. Le regard des autres est si important qu’il pourrait permettre un travestissement, un mensonge permettant de mieux vivre dans ses délires sans qu’au nom de la vie « privée » on ne  le démasque. Mais l’affaire se complique dans le monde politique par essence exposé au public, il y a une surcharge éthique, un peu idéaliste, qui voudrait que certains hommes ne soient pas des mortels communs, mais des modèles de droiture eu égard aux leçons qu’ils donnent à tout le monde en légiférant sur le comportement des quidams de la planète. Cette exigence de la foule envers ses dirigeants est une mesure compensatoire qu’elle fait payer à sa soumission consentie par un vote qui donne le pouvoir à ceux qui donc élus, trônent (j’emploie le terme à dessein) au-dessus de la mêlée. Dans les faits, l’hypocrisie est de mise, beaucoup de français ont entendu des bruits et des rumeurs ou reçu des informations de proches ayant fréquenté ces champions de « l’éthique supposée ». Nous n’arrivons pas à voir chez l’autre nos propres travers parce que nous préférons les enfouir profondément et mettre les autres à niveau, ainsi nous reconstruisons une égalité supposée qui gomme notre spécificité individuelle. C’est le: « il est comme tout le monde », « pas meilleur que les autres ». Ainsi notre honneur est sauf, le nivellement éthique est un dédouanement, si tous  se ressemblent, qui sera coupable, comment faire la différence?

Le deuxième point que je soulève est celui du pouvoir comme puissance de masquage, force de corruption. Un statut ambigu amène nécessairement des ombres, des contradictions. D’un côté, un appel à la transparence et à la vérité d’action, de l’autre des tractations forcées, des raisons d’Etat qui malmènent l’éthique au nom des résultats, de l’action, avec l’impératif de rester, de maintenir sa propre puissance. L’homme est balayé par le système qu’il met lui-même en place tout simplement parce que l’idéal éthique ne peut correspondre à la réalité charismatique d’hommes ou de femmes qui ne mesurent pas l’exigence de leur fonction et des attentes qu’elles suscitent. De Bill Clinton en passant par Silvio Berlusconi, nos présidents français précédents, comment ne pas voir que la distortion est grande entre l’image et la personne.

Je n’aborde pas ici les liens du pouvoir avec l’argent et la séduction qui les cimente mais il est plus aisé d’abuser de certaines situations ou de s’entourer de certains secrets lorsque d’important moyens sont là. A l’inverse la notoriété peut friser avec l’insolence et la folie lorsqu’on se croit intouchable, l’abus de pouvoir est parfois patent mais il peut être plus subtil et discrétionnel, plus nuancé.

En guise de méditation un texte de Bernard Lavilliers: Les aventures extraordinaires d’un billet de banque. 

j ai débuté ma carrière dans un hold up audacieux y avait d’la cervelle par terre les flics étaient trés nerveux continué dans un boxon dans le slip d’une souris puis passé dans le ceinturon d’un marchand de paradis qui s’fit désinguer plus tard mais ça c’est une autre histoire c’était un tueur a gages qu’arrondissait ces fins de mois c’est pas qu’dans ce boulot là on soit souvent au chomage surtout que par les temps qui courrent la liberté et l’amour travaillent pour la République commité d’action civique je me suis multiplié chez un type assez bizzare qui travaillait tard le soir à la plume et au pochoir voyagé dans des malettes dans des fourgons des tablettes dans des jean’s et de la soie en Jaguar et en Matra j’suis même passé dans vos poches grippés par vos doigts crochus doigts crochus j’étais même au Pmu au parti et à Minute avant de faire la culbutte dans les poches de Lavilliers oui mais ça n’a pas duré j’ai dormi chez des prélats entre deux doigts d’Arnica trois bons mots une caresse au vicaire et sur les fesses je suis le pouvoir d’achat je suis celui qui décomplexe je suis le dernier réflexe qu’on n’est pas prêt d’oublier essayez d’ me supprimer dans un coin sur la planète y’en a qui f’raient une drole de tête y’en a même qui en sont mort Alliende dans le décor je suis passé sous des tables j’ai glissé sur des tapis dans des poches confortables j’ai pris un peu de répit dans les mains d’un mercenaire puis dans la révolution j’ai participé mon frère à des tas d’combinaisons si tu savais c’que je sais dans quelles mains je suis passé tu n’t’en ferais pas beaucoup pour ta p’tite éternité j’ai voulu me racheter mais voila j’étais trop cher depuis que les financiers mettent mes vertues aux enchères depuis que les poètes maudits comptent leurs économies j’suis une pute aux nerfs d’acier je sais tout mais j’dirais rien c’est peut être préférable pour l’ideal républicain j’aimerais crever tu sais j’aimerais qu’on m’foute la paix 

Alors peut-être que les français dans leurs habitudes ont été bousculés. La banalisation médiatique et le silence sur les frasques des politiques ont tellement été intégrés que la conscience de l’éthique s’était endormie, l’oligarchie du secret bien installée semblait hors de portée des révélations sulfureuses. Mais le grain de sable qui enraye la machine pourrait bien jeter une lumière cruelle sur  nos pratiques sociales et politiques. L’affaire Chirac, Villepin, Woerth et tant d’autres moins criantes n’étaient-elles pas des alertes avant un séisme de grande magnitude dans l’océan calme de notre hexagone?

Oui la vérité est ailleurs. DSK peut être déclaré coupable ou innocent, la face du monde ne changera pas, la justice des hommes dans son imperfection tranchera mais nous resterons seuls face à nos consciences, à nos jardins secrets, à nos vies privées et là, avec dignité il faudra faire le choix de notre assumation et de notre responsabilité. Avant de nous délecter de ces faits, avant de crier au scandale, avant de s’indigner, avant de parler de présomption d’innocence ou de culpabilité, il faut retourner à soi et chercher si ce doigt accusateur d’une personne n’est pas le doigt qui accuse toute personne et renvoie finalement à nos turpitudes possibles si ce n’est en acte. Le côté obscur de la force peut-il dominer au point d’avilir d’autres personnes qui sont mes semblables? Mes passions/pulsions sont-elles sans frein ou l’éthique et la moralité choisie seraient-elles les modérateurs de ces penchants naturels et instinctifs qui nous feraient passer de la bestialité à la civilisation noblement policée? Que chacun sans attendre le résultat de ce procès réponde en son âme et conscience. Notre rôle n’est pas de jeter des pierres sur les victimes et les assassins mais de se mettre en position, si possible de ne pas un jour commettre le même forfait, c’est là le chemin possible d’une humilité  et sans doute la voie pour retrouver la paix et la sérénité. Je reste en méditation et en réflexion depuis cette affaire, et vous?

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2 commentaires pour DSK: La vérité est ailleurs…

  1. Issac Maez dit :

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  2. qu un euro dit :

    Hi, merveilleusement chouette comme blog ! je continuerai de vous feuilleter de temps en temps. A très vite.

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