Le cas Zemmour

S’il suffisait d’avoir quelques diplômes ou pas, une gouaille habile et donc un peu de talent, pignon sur rue grâce à quelques médias condescendants et en mal de lecteurs ou d’auditeurs, nul doute que de nombreux chroniqueurs actuels pourraient remplir de leurs propos intelligents un espace culturel réduit à  peau de chagrin.

Mais que voit-on dans le PAF aux heures de grande écoute ? Des raccourcis de débats, des invités vedettes qui quelquefois n’ont pas plus d’intérêt que d’autres  citoyens (et même moins) pour les sujets qu’on daigne leur proposer. Des animateurs qui conservent leur part de marché et tentent de grignoter quelques points sur l’émission concurrente parfois à n’importe quel prix. Difficile dans ce contexte de trouver des concepts novateurs et équilibrés qui permettent une réflexion sereine et approfondie.  Le sérieux n’est pas forcément synonyme d’ennuyeux et les métissages distraction-culture sont de temps en temps réussis.

Dans le monde de la rentabilité, l’urgence des résultats confine à la superficialitité. Des exceptions toutefois avec des gens un peu plus mûrs comme Frédéric Taddéi, Guillaume Durand, Gisbert et quelques autres qui osent dans un temps contraint amorcer des pistes de réflexions, des invitations  à la lecture ou à la culture de manière plus large. La caractéristique de ces émissions semble être une clareté  sur l’axe et le concept choisi, nous ne sommes pas dans le vedétariat à tout prix, les invités sont effectivement concernés par le sujet et le connaissent.

L’appréciation sur l’animateur se joue tout de même me semble t-il sur ses capacités à donner un contenu en même temps qu’un visuel riche repoussant l’ennui. Thierry Ardisson l’a bien compris, le ton adopté dans ses différentes émissions ayant eu du succès n’était ni académique, ni raccoleur ou superficiel mais parfois volontairement provocateur et léger, on avait parfois même de belles émotions et du sérieux, la palette sentimentale que le téléspectateur  cherche. Susciter le rire et s’en rendre complice n’est pas chose aisée.

Laurent Ruquier qui est assez habile s’en sort également très bien mais j’ai peur que ces deux chroniqueurs-critiques habituels ne soient  plutôt un handicap, à long terme, pour son émission que des boosters d’audiences. C’est surtout le cas Zemmour qui va nous intéresser car il est pour ce qui me concerne dans une typologie presque caricaturale du « Je sais tout et je dirai tout ».

Dans l’espace démocratique soyons honnête, tout individu a le droit de s’exprimer et de mettre en avant ses convictions sur tout types de sujets. Quand on passe la frontière d’expression habituelle du citoyen,dans son espace privé et qu’on saute le pas dans l’espace publique en rentrant dans l’univers médiatique, notre responsabilité s’accroit considérablement. Vous ne parlez plus à quelques dizaines d’individus de votre entourage mais à des milliers, voir à des millions d’individus, plus ou moins perméable à ce que vous dîtes. Pour peu que la nature vous ai donné une certaine intelligence et une culture minimale, la tentation d’exercer une influence sur ce public est grande et sans contradicteur de qualité, vos paroles peuvent devenir des manipulations d’opinions sans freins. L’animateur doit jouer le rôle de modérateur ou faire jouer ce rôle par quelqu’un. Les invités qui se soumettent (je souligne ce terme) aux appréciations des chroniqueurs ne peuvent  le  jouer  puisqu’ils sont sur le mode horizontal d’échange entre interviewer-interviewé. Certes leurs réactions défensives peuvent se révéler redoutables mais je note qu’il n’y a pas égalité dans le rapport de force entre deux chroniqueurs-critiques  et un seul invité. Ne pourrait t-on pas lui adjoindre un avocat, un candide qui rééquilibrerait le feu des propos dirigés contre lui ou en sa faveur.

Mais revenons à notre cher Zemmour. Il arrive à tenir le haut du pavé médiatique dans les polémiques qu’il suscite. Cette stratégie de marketing est remarquable et parfaitement efficace. En jouant les boucs émissaires, il parvient à appitoyer les autres et lui même sur son sort, dans une dévalo « sado-masochiste » dont il a le secret lui seul et peut-être son psy (s’il en a un). C’est l’enfant battu du PAF, il courbe le dos et souffre en silence, son grand et beau regard charmeur se voile parfois d’une douce tristesse. Comment ne pas être ému? En effet, je compatis, cet homme travaille très peu, il a failli (oui vous avez bien lu) être chômeur…terrible.

Mais ses déboires professionnels ne sont rien en comparaison des certitudes et de son combat pour la vérité. Et c’est bien là qu’on parvient à l’excellence. Sa technique  de communication est relativement simple, il s’agit d’affirmations frontales et subjectives parfois péremptoires qui sans fondement ou étayage sérieux se cristallisent sous les yeux des auditeurs-téléspectateurs ébahis. C’est un prestidigitateur, son chapeau ne fait pas que sortir des lapins, il sort parfois des « bourdes ». On glisse d’une pensée subjective légitime à un enseignement voilé de thèses réactionnaires bien « droitisées ». Pourtant en l’écoutant sur RTL, en le lisant ou le regardant avec Laurent Ruquier, on doit lui reconnaître quelques finesses de raisonnement, même de l’humour (ne riez pas SVP). Toutefois deux confrontations récentes avec des invités un peu plus fins que lui comme Judith Godrèche et Patrice Leconte pour le cinéma me laissent penser que notre spécialiste du « Je sais tout et je dirai tout » doit encore travailler certains dossiers (cinéma, philosophie, psychanalyse, littérature, économie…liste non exhaustive). La difficulté du généraliste par rapport au spécialiste, c’est qu’il doit avoir une culture d’envergure et suffisamment de recul pour ne pas tomber dans des lieux communs qui ne font qu’entretenir la pensée habituelle, les poncifs sécurisants et propos de comptoir. Le diagnostic doit éclairer l’état du malade et préconiser des traitements propres à le relever de ses défaillances. Beaucoup plus de français qu’il n’y paraît sont dans l’attente de nourrir leur cerveau avec des mets de qualité. Un Michel Onfray l’a bien compris à Caen, il sait que le plus grand combat des siècles  est celui de la Culture et donc de la liberté. Leur servir de vieilles soupes dans des gamelles réchauffées, certes ce n’est pas les faire jeûner mais tout de même ayons un peu de dignité, faisons au moins comme s’ils étaient intelligents à défaut de le croire vraiment.

La prochaine croisade n’a pas encore eu lieu, il est à craindre que certains chevaliers servants de l’audiovisuel se prenant pour des Don Quichotte ne perdent la bataille la plus importante de leur histoire, celle de l’intelligence contre le nivellement culturel et la  bêtise qui l’accompagne. Mais à ce jeu, la concurrence étant rude M. Zemmour est un enfant de coeur intelligent comparativement à un Cauet qui trouve encore un espace pour assassiner et aseptiser les cerveaux français aux heures de grande écoute…

Publicités

Un commentaire pour Le cas Zemmour

  1. Andrew Pelt dit :

    I simply want to mention I am newbie to blogging and definitely savored this web site. Almost certainly I’m likely to bookmark your blog post . You definitely have perfect articles. Bless you for sharing your web site.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s