THE ARTIST: l’alchimie émotionnelle

Tout n’a pas été dit et tout ne le sera pas au final sur le mystère et le succès d’un film qui en lui même et avec la relation incroyable du spectateur chemine dans les coeurs de millions de personnes. La différence entre la chimie et l’alchimie pourrait tenir en deux lettres mais force est de constater qu’on entre dans l’indicible, dans une alcôve secrète ou les images prennent vie et entraînent nos regards, nos sentiments, nos souvenirs vers des chemins dont on ne soupçonnait pas les méandres avant d’avoir accepter de mettre nos pas dans ceux du réalisateur et de ses acteurs. L’harmonie est une esthétique de la pureté et lorsque les intentions sont de cet ordre, des circonstances favorables prévalent et ordonnent une réussite, qui, jamais acquise, est en germe et attend ses magiciens. Monsieur Hazanavicius entouré d’une équipe aussi bien inattendue que talentueuse a donc pris sa baguette et distillé un opus qui loin d’être une histoire d’amour simple, jouée sur le registre du mélodrame renvoie en fait à des ressorts puissants sur l’être générique que nous sommes traversant l’histoire.

L’entrée en matière déroule un paradoxe total, la musique tonitruante presque agressive plonge le spectateur dans l’univers du muet, donc une absence de sons qui ne peut être compensée que par un jeu de physionomie appuyé, exagéré. Le propos est posé, la musique (et quelle musique) sera là jusqu’au bout pour provoquer bourrasques et tempêtes dans notre être intérieur. Les plans rapprochés permettent de saisir le mouvement qui non seulement sur le visage mais dans les attitudes du corps aussi renvoient à nos expressions… Effet miroir parfait d’un langage dont la parole n’est que parfois le médiocre véhicule, le mime, la geste, la pose touchent notre sensibilité, nos émotions.

Jean Dujardin comme Bérénice Béjo, mais aussi les autres acteurs, excellent à merveille dans cet univers de comportements et d’expressions. Leurs regards malicieux, tristes, étonnés, gênés, amoureux, pétillants, angoissés, perdus… nous entraînent dans leurs sillages. Leurs gestes parfois surjoués à dessein finissent par nous faire adopter cette étrange position du spectateur dans le muet que beaucoup d’entre nous ont oublié.

Fort de ces talents et de ceux qui lui sont propres, Michel Hazanavicius écrit un scénario pour Jean et Bérénice. Le thème de la gloire et de la déchéance est traité d’une manière non conventionnelle. Dans beaucoup de films, le héros reste égotiquement seul face à la caméra qui s’épanche sur ses tourments intérieurs. Ici la croisée des destins, dont l’escalier dans une scène n’est qu’un symbole, permet avec l’amour entre George et Peppy une plus grande générosité. Finallement la chute est amortie par l’Ange Bérénice qui veille sur son amour et reste dans une distance pudique mais en alerte pour parer à tout danger. Ce double mouvement de la descente de l’un (aux enfers) et de la montée de l’autre (dans le succès et la gloire) donne incontestablement un relief à un récit qui aurait pu resté descriptif et plat. La lente et douloureuse prise de conscience de George d’une autre réalité que la sienne (le cinéma parlant) atteint son apogée dans le tremblement de terre que la plume engendre en se posant sur le sol. Nos illusions tombent aussi sûrement que nous les construisons, les univers fermés, sécuritaires ne durent qu’un temps. L’amour perdure dans cette réalité parce qu’il transcende justement cette réalité, il la sublime, il la transmute. La fameuse phrase: »Si tu veux être actrice, il te faut quelque chose que les autres n’ont pas » va dans ce sens. Il ne s’agit pas ici d’un simple talent mais un charisme authentique, une humanité dégagée, un rayonnement, une présence, une densité que bien des acteurs n’arrive pas à trouver parce qu’ils pensent que leur personnage va leur donner. Mais il faut aller chercher au fond de soi ce que l’on a pour l’habiter réellement.

Sans égrainer les malheurs qui touchent George une deuxième phrase: « Pourquoi tu refuses de parler » opère un autre basculement qui stigmatise le refus et l’orgueil de ce dernier. La descente s’amorce irrémédiablement. Les biens, signes extérieurs de réussites apparaissent dérisoires dans les circonstances douloureuses que connaissent les êtres. Leur abandon n’est que le lâcher prise de l’avoir qui doit permettre l’émergence d’une nouvelle vie, une résurrection forcée que dans le dépouillement George va découvrir. La conscience qui interpelle (George rapetissé sur le comptoir du bar) pique l’inertie et les esprits de dépression qui voilent, l’alcool aidant, la vision claire d’un avenir encore possible, d’une reconstruction.

Sans doute la confrontation à son propre orgueil est douloureuse (le film de George et son échec). Le désir de destruction est une solution de fuite et les bobines de films brûlées (sauf une qui reste un lien, témoignage de ce que je ne veux pas quitter) n’effacent pas les souvenirs inscrits dans la chair de l’acteur. La bobine traversant les flammes est bien ce passage ténu qui nous conduit vers la rédemption, l’acceptation de pardonner un passé sans l’oublier totalement, et d’abord le peut-on?

Le chien, compagnon fidèle traverse ces événements lui aussi en fil d’Ariane. Elément dont on pourrait penser qu’il n’apporte rien à l’humanité, il alimente un affect, une relation fidèle et stable, c’est bien un transfert, un pont entre la rive de la solitude et l’amour retrouvé.

Peppy, elle avec la clé que George lui a donné, avec le « quelque chose que les autres n’ont pas » est en haut de l’affiche. Accepter de voir la réussite de l’autre, c’est accepter qu’un jour on a été dans cette posture, c’est recoller à soi même, c’est se retrouver. L’Ange recueillant son amour devient le protecteur parce qu’il a été lui-même chéri dans cet amour, donner et recevoir sont les deux faces du même acte qui relient les êtres dans cette attraction permanente, cette attirance qui bouscule leurs orgueils.

Mais tous ces objets couverts de draps blancs font resurgir tels de véritables fantômes, un passé qu’on pensait annihilé. La construction de son histoire personnelle de ses émotions est réactivée et George face à lui même, regardant son portrait, intègre le caractère excécrable de son orgueil, la solution finale du suicide semble inéluctable. L’arrêt de la souffrance est une des solutions pour ne pas faire face à l’avenir, pour rejeter la détestation de soi-même mais l’amour guérit ces blessures et l’Ange Peppy suivant son instinct vole au secours de ce qui va redonner sens à deux destins qui, seuls, courraient à leur perte, qui réunis enfin vont triompher des vicissitudes de chacun.

La question de l’après est donc posée après ce « happy end » qu’un BANG aurait pu arrêté et la solution est celle de la réconciliation. Si George résiste à la parole, il ne résistera pas à une tentation d’expression intermédiaire, la danse et les claquettes qui le réconcilieront avec le cinéma qui l’avait abandonné. Les souffles perçus a la fin de sa prestation avec Peppy laisse penser que la comédie musicale n’est pas loin et que l’amour indestructible liera à tout jamais ces destins.

Par les temps sombres qui courent sur la planète, Michel Hazanavicius vient de nous envoyé une bouffée d’oxygène hors du temps, un temps suspendu que Lamartine sur un mode plus classique n’aurait pas rejeté. L’idéalisme n’est pas loin puisque l’amour demeure bien éternel mais l’amour est un long combat dont les batailles multiples ne sont pas ignorées. L’ego, la réussite et la gloire qui accompagne son affirmation sont autant de pièges sur la route qu’il nous faut éviter pour pouvoir tisser une relation.

Mais ma chère Bérénice vous avez là,  la plus belle déclaration de votre Prince charmant. Il vous avertit des dangers du chemin, vous donne des clefs pour triompher des épreuves, vous pousse comme lui dans la persévérance de l’amour et vous dit au travers de George qu’il vous aime.

Et si Michel a fait un film muet c’est sans doute qu’il ne saurait dire l’expression total de son coeur à votre endroit parce que sa pudeur reste entière. Finalement il aurait bien joué avec vous mais il n’aurait pas contemplé son bonheur ni pu le porter aux nues, c’est vous son bonheur. En aucun cas  la réussite et la gloire qu’il veut vous donner ne seront l’équivalent de l’alliance de destins qui restent la vôtre, à jamais nous le souhaitons comme lui…

3 commentaires pour THE ARTIST: l’alchimie émotionnelle

  1. fsbfsb dit :

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  2. jlbaque dit :

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