Une lettre aux Préfets qui en dit long…

Les mots choisis,  mis en avant, occultés trahissent souvent l’état d’esprit de celui qui écrit. Il y a certes un certain courage dans l’acte d’aller vers autrui pour exprimer ce qui nous semble vrai, mais il faut accepter aussi en retour le dévoilement de nos intentions au travers de nos écrits, l’apparition de notre personnalité fondamentale aux yeux du public. J’ai lu attentivement la lettre de Madame Le Pen aux Préfets, elle ne manque pas de ce courage mais sans doute d’un peu de finesse politique (le vieux loup de mer qu’est son papa ne s’y est pas trompé), à trop flatter les serviteurs de l’état, on pourrait croire que ceux-ci ne sont destinés qu’à la servir, elle. La neutralité politique de leur fonction est trop exagérément sollicitée, leur obligation de réserve est mise à mal par une invitation dont on a du mal à comprendre l’objectif, à moins que ce dernier ne soit trop évident et maladroitement dissimulé. Faut-il provoquer pour contraindre? Le FN existerait-il si l’espace médiatique ne lui donnait pas le change? Si certains partis ne le diabolisaient pas? Les intentions et le projet du FN « modernisés » par l’héritière historique de la bonne école, voilà en tout cas qui mérite notre attention.

Lire entre les lignes permet parfois de savoir quel personnage se cache derrière une image publique souriante propre et lisse. Les mains de fer sont souvent dans les gants de velours.

Lettre au Préfets partie 1

Mon commentaire: Bien que gratifiés de charge et d’honneur, les Préfets ont pour Madame Le Pen un rôle plutôt circonscrit. Assurer « le respect » de l’intérêt général nous oriente d’emblée vers une politique sécuritaire qui semble être l’unique levier de leur action. Rappelons que leurs missions sont multiples: 

Veiller au maintien de l’ordre public et  la sécurité des personnes et des biens
Permettre l’exercice des droits et des libertés des citoyens 
Contrôler la légalité des actes des collectivités locales 
Mettre en oeuvre et coordonner à l’échelon local les politiques du Gouvernement: emploi, cohésion sociale, aménagement du territoire, développement économique, environnement… 
Gérer et répartir les dotations et subventions de l’Etat à l’échelon local…

Les Préfets sont-ils ignorants des difficultés propres à leurs fonctions (« éminentes ») et à leurs actions, ont-ils démissionné en masse, rejoignent-ils avec fracas les partis des mécontents dont Madame Le Pen est une excellente représentante? Pas de chance, ils restent en poste pour la plupart et continuent avec abnégation et persévérance (« noble mission ») à servir la République dans un contexte il est vrai rendu de plus en plus difficile par la mondialisation et la crise internationale aussi bien que les difficultés intérieures propres à l’Europe et à la France.

Madame Le Pen fait des constats à leurs places, elle décrète que l’Etat est trop faible, que son amoindrissement par la politique menée actuellement fait des ravages et reste donc inefficace. A t-elle réellement demandé aux interessés ce qu’ils en pensaient ou par un mouvement du bras bien « paternaliste » compte t-elle  faire embrasser son point de vue comme une vérité ne souffrant aucune contestation?

Pour donner du corps à une vérité mal fondée il suffit parfois de grossir les traits jusqu’à la caricature, l’état brut de la pensée monolithique donne une assise quasi inattaquable, un aspect granitique et solide qui rassure le lecteur. La phrase « Lorsque tout devient prioritaire, il n’y a plus de priorité. » est un bijou parmi ces raccourcis chers à certains personnages politiques adeptes de la formule. Malheureusement en grattant un peu ces élans synthétiques, on s’aperçoit en fait que le vide sidéral ne permet pas de construire une forme, encore moins un contenu. Ce qui échappe au « bon sens » de Madame Le Pen c’est l’urgence multiple à laquelle sont confrontés les politiciens modernes dans un contexte de crise mondiale. La complexification sociale amène nécessairement des outils législatifs supplémentaires adaptés ou révisés, on pourrait prendre l’exemple de l’accélération des flux migratoires due à certaines paupérisations de populations en conflits ou de migrations climatiques, de la bataille de l’eau à venir mais aussi de l’apparition des réseaux informatiques et des réseaux sociaux avec leurs problèmes connexes de circulation de l’information, de droits d’auteurs…

Alors oui, penser que les politiques (sauf ceux du Front) sont des inconscients se préoccupant seulement de l’immédiat et de communication superficielle me paraît excessif. Le fait que ces derniers aient une pensée pour leurs électeurs est plutôt rassurant, le « clientélisme politique » n’est pas réservé aux challengers mais à ceux qui, conscients qu’ils vont rendre des comptes devant la nation en se soumettant au suffrage universel, essaient jusqu’au terme de leur mandat d’agir en faveur de cette nation (qu’on les reconnaisse ou non). Dans un monde en perpétuel mouvement , seul une politique adaptative et réactive peut obtenir quelques résultats, l’action dans la durée évoquée par Madame Le Pen (restauration d’un septennat ou d’une décade) renvoit à un monde des années 60 à 80, monde dans lequel la prévisibilité, du fait de certains équilibres était relativement possible, le monde a changé, le Front va devoir changer sa peau de léopard et apparaître sans tache ou presque et dans un temps contraint. J’ai peur que l’accélération demandée ne décoiffe notre chère Marine mais à l’impossible nul n’est tenu…

La multiplication des lois sécuritaires depuis 2002 que Marine, non sans une certaine malice à l’endroit de notre président actuel, appelle « publicitaire » et l’augmentation  exponentielle des circulaires ne démontrent qu’une complexification de la vie sociale mais pas forcément l’inefficacité des politiques entreprises.

Je trouve intéressant qu’elle évoque « l’obsession communicationnelle », elle répercute ainsi une frustration familiale et un complexe politique pas toujours justifié mais dont son père a su jouer pour occuper un espace qu’il sentait lui échapper, on perçoit qu’elle jouera sur un registre sensiblement différent. Sa tentative d’écriture à un public ciblé pour le séduire est un ballon d’essai. Je gage que, plus habile que son père elle tentera de se servir de tous les médias sans se limiter pour arriver à conquérir son électorat.

Les deux derniers paragraphes de sa lettre abondent dans la négativité, la sinistrose racoleuse seule capable de  ramener les mécontents dans un certain consensus contre les politiques en cours ou celles qui seraient susceptibles de barrer le passage du Front.

Les termes néfastes et démotivation, désabusés et désarroi, condition de travail difficiles et précaires, le verbe inquiéter, l’impuissance et le côté inéluctable  de l’affaissement de l’Etat sont trop lourds pour que les agents de la fonction publique pourtant « modèle de loyauté et de dévouement » puissent assumer leurs charges. La solidarité avec ceux qui souffrent, voilà une preuve de coeur que personne n’osera contester, la sincérité politique est une chose fort connue, surtout dans la perspective électorale de 2012.


Tout de même critiquer la RGPP sans penser à la LOLF et tous les travaux nécessaires à ces mises en place, c’est faire preuve d’un peu de mépris pour ceux qui aux affaires tentent, au moins doit-on leur accorder, de réguler et d’optimiser les moyens mis à leur disposition pour le service des citoyens. Mais l’injustice la plus grande c’est de soupçonner les collectivités locales de ne pas résister au désengagement de l’Etat contre lequel elles ne peuvent rien, si ce n’est de se réorganiser en solidarité dans les régions, au sein des communautés de communes ou des structures départementales.

Il aurait fallu préciser  de quelles politiques clientélistes il s’agissait et quelles étaient leur liens avec les stratégies de communication « sophistiquées ». Quant aux baronnies locales, je suis surpris que Madame Le Pen n’ait pas entendu que, dans la région PACA et même dans le Var, région dans laquelle elle compte quelques amis, la béance de l’Etat avait également été prouvée. Je n’irai pas parler comme elle cependant d’état d’esprit malsain.


Lettre aux Préfets partie 2

Mon commentaire: Passer du constat de la faiblesse étatique et du mécontentement de ses agents au mécontentement des citoyens de la « classe » populaire permet à Madame Le Pen d’éviter tout ceux (les classes moyennes et les plus aisées) qui bien que préoccupés par la situation économique du pays n’abondent pas dans ce pessimisme militant et qui sans doute ne lui donneront pas leurs voix lors des présidentielles mais se tourneront vers des partis plus représentatifs d’une démocratie à la française dans la tradition de l’alternance droite républicaine et gauche sociale. Madame Le Pen aime les grands serviteurs de l’Etat (dont elle époussette les manches). Ils sont donc conviés à  rallier  sa bannière, qui si elle n’est pas celle de Jeanne, nous promet un règne sans partage de l’Etat stratège et réaffirmé, se jouant des échéances électorales nombreuses (une espèce de temps suspendu par miracle), s’inscrivant dans une durée prolongée (quinquennat en question ?).

Un retour en arrière sur la politique internationnale et la place de la France en Europe semble promis. Il faut comprendre que l’Europe supranationale ne pourra pas supporter une nation française forte et que la maîtrise de la décentralisation sera un retour à un centralisme hexagonal dont les fruits ont déjà été perceptibles durant ces trente dernières années. Au moment où l’aménagement du territoire est repensé dans une perspective moderne, on comprend que la nostalgie gagne les partisans d’un Eldorado perdu.

Quant aux principes, guides de l’action, l’égalité survivra peut-être face aux plus méritants, la liberté sera examinée par les justes, la fraternité sera aux abonnés absents et l’efficacité, ce n’est pas une lapalissade sera de mise…

Que redouter en effet d’une dame aussi bien sous tout rapport, avons nous déjà vu un loup dans une bergerie ? Certes non. La France a donc une perspective de redressement…Ouf nous respirons enfin.

Mais les serviteurs dévoués ne porteront qu’une ambition, pas la personne, je crois donc que « notre arrivée » signifie une grande équipe et non la mise en avant de Madame Le Pen dont on connaît la modestie. Il aurait été judicieux de nous donner la liste, longue sans doute, de ceux qui l’ont contacté mais peut-être a t-elle pensé à la réserve des Préfets…une élégance digne de sa lettre.

Un commentaire pour Une lettre aux Préfets qui en dit long…

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